Cameroun-Echec de Paul Biya : Voici l’intégralité des révélations de Crisis Group sur RFI

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    L’expert explique que le gouvernement camerounais a entrepris des contacts avec les séparatistes parce que le Grand Dialogue National n’a pas donné les résultats attendus.

    Richard Moncrieff, le responsable Afrique Centrale de l’Ong International Crisis Group, a commenté ce 10 Juillet sur RFI, les derniers contacts entre les autorités camerounaises et des leaders séparatistes. Il a expliqué que si le gouvernement en est arrivé là, c’est parce qu’il s’est rendu compte que le Grand Dialogue National organisé en Octobre 2019 à Yaoundé «n’a pas donné les résultats escomptés».

    L’expert a décelé un désaccord au sein du gouvernement sur la question anglophone. «Il y a des ministres qui tiennent aux négociations et d’autres qui ont déjà affirmé que la solution est sécuritaire et tiennent absolument à éviter les négociations. Je crois que les signaux quelque peu contradictoires qui sortent du gouvernement, sont en fonction de ces tensions au sein du gouvernement», analyse-t-il.

    Il déclare que l’on en est pas encore à l‘étape des négociations. Juste des premiers contacts qui les précèdent. Lorsque l’on lui demande pourquoi le leader sécessionniste Ayuk Tabe a fait fuiter l’information sur la rencontre de son staff avec le gouvernement le 2 Juillet 2020, il apporte la réponse suivante: «les communications ont deux buts. L’un, c’est de créer une dynamique, l’autre objectif c’est de parler à sa base».

    Il admet des divisions dans les rangs des sécessionnistes mais fait savoir que certains d’ente eux soutiennent le processus de paix ainsi enclenché.
    Lire ci-dessous l’intégralité de l’interview que Richard Moncrieff a accordée à RFI

    En fin de semaine dernière le leader indépendantiste anglophone Sisiku Julius Ayuk Tabé, qui est en détention à Yaoundé, affirmait avoir participé à une rencontre le 2 juillet avec une équipe envoyée par les autorités camerounaises, en vue de parvenir à un éventuel cessez-le-feu dans les deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Mais dans un communiqué publié lundi 6 juillet, le gouvernement camerounais a démenti avoir entamé des « négociations » avec des leaders séparatistes. Ecoutez l’analyse de Richard Moncrieff, directeur du projet Afrique centrale au sein du groupe de réflexion sur la prévention des conflits, ICG (International Crisis Group).

    RFI : Le gouvernement camerounais dément l’ouverture de négociations avec Sisiku Ayuk Tabe, mais réaffirme sa disponibilité au dialogue. Au-delà du discours officiel, y-a-t-il tout de même une inflexion ?

    Richard Moncrieff : Oui, il y a certainement une inflexion dans la position du gouvernement et cela depuis le début de l’année. C’est très probablement suite aux pressions nationales et internationales, vu que la violence dans les zones anglophones n’a pas diminué, surtout autour des élections locales de février. Le gouvernement s’est rendu compte que son dialogue d’octobre, de l’année dernière, n’a pas donné les résultats escomptés et ils ont fait le choix de dialoguer avec le leader séparatiste qui est aujourd’hui en prison à Yaoundé.

    Dans le même temps, le gouvernement prévient que les forces de défense vont continuer à poursuivre les opérations contre les groupes séparatistes

    Cela vient, sans aucun doute, de différences et même des tensions au sein du gouvernement. Il y a des ministres qui tiennent aux négociations et d’autres qui ont déjà affirmé que la solution est sécuritaire et tiennent absolument à éviter les négociations. Je crois que les signaux quelque peu contradictoires qui sortent du gouvernement, sont en fonction de ces tensions au sein du gouvernement.

    Selon des sources concordantes, il y a eu déjà récemment plusieurs contacts, mais il est trop tôt pour parler de négociations…

    Je suis d’accord. Il s’agit des premiers contacts, mais les négociations sont toujours précédées des premiers contacts.

    Est-ce que l’on sait qui est à la manœuvre du côté des facilitateurs ?

    Ce que l’on sait, c’est qu’il y a eu des pressions diplomatiques sur le gouvernement, y compris de la part de la France. Par contre, nous n’avons pas eu signe de facilitations, de médiations, que ce soit nationales -certains ont proposé l’Église catholique-, ou bien internationales. On sait que les diplomates s’activent, mais on ne voit pas de bons résultats pour le moment. Et ce n’est peut-être pas le moment.

    Sisiku Ayuk Tabe s’est exprimé sur les réseaux sociaux via son compte twitter. Pourquoi, selon vous, a-t-il fait ce choix ?
    Les communications ont deux buts. L’un, c’est de créer une dynamique, l’autre objectif c’est de parler à sa base.

    Et aussitôt, le gouvernement intérimaire autoproclamé de l’Ambazonie, conduit par Samuel Sako, s’est inscrit en faux. Cela montre bien les divisions internes qui traversent ces groupes sécessionnistes.

    Oui, il y a des divisions internes. Mais il y a d’autres groupes sécessionnistes qui soutiennent l’initiative de Yaoundé. Donc oui, il y a des divisions, mais ce n’est pas pour autant perdu.

    A-t-on une idée de ce que les uns et les autres peuvent peser sur le terrain ? Est-ce que les groupes sur le terrain n’ont pas tendance à s’autonomiser par rapport aux leaders en exil ?

    Il est vrai que sur le terrain les groupes anglophones se fracturent, dans une certaine mesure, s’autonomisent par rapport à leurs leaders politiques, mais pas entièrement. En même temps, on voit l’apparition de groupes criminels et aussi des groupes dits d’autodéfense, dont certains sont soutenus par le gouvernement. Donc il est vrai que c’est une situation assez chaotique dans les deux régions anglophones. Mais en même temps, les leaders politiques, y compris Sisiku Ayuk Tabe, ont quand même une grande influence sur les unités armées, dans les régions anglophones et sur les populations.

    Mais dans le fond, sur quoi peuvent-ils s’entendre aujourd’hui ? Les divergences sont tellement profondes…

    Il est vrai que les divergences sont profondes, mais il est quand même possible de s’accorder sur un élément essentiel qui est le cessez-le-feu. Il semble qu’ils sont en train de discuter sur la possibilité de confiner les unités armées des forces de sécurité camerounaises dans les casernes ou dans les camps, sans les retirer entièrement des régions anglophones, et cela, en échange du cessez-le-feu de la part des séparatistes anglophones.

    Et sur la question centrale de l’indépendance, comment imaginer un accord ?

    Pour le moment on ne va pas s’attendre à ce que les séparatistes renoncent à leur idée d’un nouvel État, mais il est quand même possible, plus tard, que des garanties d’autonomie puissent quand même infléchir leurs positions, avec suffisamment de garanties et suffisamment de pressions.


    SOURCE: https://www.w24news.com

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