CM – Bouleau-Coudray : « Le 20h est un phare dans la nuit du canard »

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Il n’y a pas si longtemps on ne donnait pas beaucoup de peau après 20h. Selon les experts, cette grande évasion, qui avait déterminé la vie de millions de Français, était en état de mort cérébrale. Cela est dû aux chaînes d’information, aux réseaux sociaux, aux applications, aux troncs masculins-féminins trop « normaux » par rapport à leurs prédécesseurs et à une structure familiale divisée. La crise du Covid a rebattu les cartes et fait du journal télévisé un moment important de rencontre entre parents et enfants pour faire le point sur l’épidémie. Gilles Bouleau et Anne-Claire Coudray, qui animent l’événement phare de TF1, ont réalisé des performances audacieuses dignes du passé : 6,6 millions de téléspectateurs quotidiens cette saison (le meilleur résultat depuis huit ans).

Euh Pour comprendre la refonte de l’un des derniers programmes de liaison – avec la météo – nous avons réuni les deux animateurs qui animeront la traditionnelle émission de première page consacrée à la parade le 14 juillet. Complices, Jokers, mais solides sur leurs bases, Coudray et Bouleau décrivent leur vision de l’information et d’un journal télévisé qui doit servir le public.

Le Point : Vous animerez la grande émission de TF1 le 14 juillet. Après une saison intense en haut de 20h, c’est un peu ta pause…

Anne-Claire Coudray : Cette émission vient d’un journal qui est très limité avec des démarrages entre 15 et 23 secondes (rires). Nous sommes très disciplinés dans les nouvelles. Le 14 juillet nous retrouvons Gilles pour six heures en direct, le plus long show de l’année. Nous existerons toute la matinée sauf en présentant des nouvelles. Et puis le 14 juillet, nous pourrons faire des choses très étonnantes : cette année, je vais sauter d’un hélicoptère. Nous sommes deux anciens reporters et le 14 juillet nous permet de retourner sur le terrain. C’est une matinée très chargée.

Gilles Bouleau : Et l’actualité se joue sous nos yeux ! En 2017 on a vu une scène de ménage entre le directeur de cabinet [le général Pierre de Villiers, ndlr] et le chef de l’Etat [Emmanuel Macron, ndlr]. Avec Anne-Claire, on s’est donné un coup de coude et on s’est dit que les choses allaient mal entre eux deux [le général de Villiers a démissionné, ndlr. Rouge.]. Cette même année, on a assisté à une accolade forcée entre Donald Trump et Emmanuel Macron. En ce jour, nous n’oublions jamais que la France est un pays en guerre et que chaque année il y a des morts et des problèmes géopolitiques. Bref, le 14 juillet n’est pas qu’un défilé de militaires méritants. C’est comme le Tour de France, on se prépare pour le 14 juillet 15. Ce spectacle s’apparente au patinage artistique : il y a des figures imposées avec le défilé qui demandent de la pédagogie et de la vitesse ; et des personnages gratuits avec tout le reste. Nous avons un chef d’orchestre aussi épais qu’un rouleau de la mer Morte, mais comme l’a dit Patton, « les meilleurs plans s’effondrent au premier coup » avec des événements qui n’étaient pas prévus. Je me souviens avoir vu Franky Zapata arriver devant le stand officiel en 2019. Ce n’est pas un programme de généraux à la retraite. Et enfin pour nous c’est la quille (rires).

A.-C. C. : Oui, la saison se termine le 14 juillet, mais elle se termine par l’ascension de l’Everest !

N’est-ce pas frustrant de ne plus interroger systématiquement le Président de la République (cette année Emmanuel Macron a décidé lundi dernier d’aborder les Français dans un discours) ?

GB : Non, pas du tout. Je conduirai cet entretien avec beaucoup d’intérêt lorsqu’il aura lieu. C’est un exercice journalistique forcé. Vous êtes dans un entretien spécial avec le chef de l’Etat à l’Elysée. Mais vous savez, le but de tout entretien est d’être fructueux. Il ne s’agit pas de payer quelqu’un ou de jouer au fanatique ou au procureur. L’échec intime, c’est quand vous avez fait un entretien politique avec Monsieur ou Madame X et que vous avez raté l’accouchement et qu’il n’en est rien sorti.

A.-C. C. : Monothématique, c’était le cas lors de la première retenue car tout s’est arrêté. Mais à partir du moment où la vie reprit, ce fut une variation sur le même thème. Nous n’avons jamais senti qu’il était difficile de se renouveler ! Nous étions tellement excités par cette nouvelle situation. Cette séquence a donné du sens à notre travail et nous avons senti que nous rendions service aux gens. Nos reporters étaient sur le terrain alors que le public était chez lui et assoiffé de compréhension.

G. B. : C’était une époque absolument hors du temps, incomparable à ce que nous avons vécu jusqu’à présent. Aux jeunes reporters qui ont énormément travaillé tout ce temps, j’ai toujours dit : « Dans dix ou vingt ans, ta carte de presse sera jaunie et tu seras fier de ce que tu as fait pendant toutes ces semaines. Rien d’autre n’existait, mais cela incluait tout. Et pour nous aussi : notre rapport à la vérité factuelle. Nous ne sommes ni médecins ni épistémologues, mais nous venons de lire ceci pendant un an. Pas pour se faire une opinion, mais pour se rapprocher le plus possible de la vérité. Cette crise a été un exercice d’humilité.

G.B. : J’ai reçu des SMS de personnes connues qui n’ont pas regardé à 20h et qui ont dit : « C’est vraiment bien. Nous étions l’une des fenêtres de la vérité factuelle. Nous avons rendu service aux personnes qui nous regardaient.

Nous sommes à l’abri du bruit, de la colère et du bruit. Le JT est un endroit paisible Anne-Claire Coudray

Il y a un grand paradoxe : à en croire les études, la méfiance envers les journalistes et les médias n’a jamais été aussi grande. Pourtant, vos messages et ceux des autres chaînes ne vont plus aussi bien depuis longtemps…

A.-C. C : Moi, cette méfiance, je ne la sens pas. Je pense que les gens nous font confiance malgré cette petite musique qui se fait entendre – il faut dire que les manifestants font plus de bruit. On peut aussi dire que nos journaux reçoivent plus d’attention à cause de la méfiance des médias. Le JT est devenu un refuge. Plus il y a de réseaux sociaux, plus il y a de chaînes d’information dans le débat et plus nous avons de sens. Le 20h est un endroit où vous n’avez pas à choisir constamment de quel côté aller. Nous sommes protégés du bruit, de la colère et du bruit. Le JT est un espace paisible, c’est-à-dire pas lisse.

G. B. : L’actualité est un phare dans la nuit des « fake news » et des canards.

A.-C. C : Nous sommes le réseau social ! On parle à tout le monde quand le réseau social ne parle qu’à sa communauté et ne lui présente que ce qu’il veut entendre. L’actualité, c’est rencontrer des gens et découvrir des choses qui sont loin de votre culture. Le message ne correspond pas à votre fichier de profil…

G.B. : … Et c’est pour ça que le spectateur vient ! Nous ne sommes pas infaillibles, mais nous sommes honnêtes. Nous n’avons reçu aucune lettre ou e-mail nous disant que nous sommes des menteurs ou des tricheurs. L’actualité veut sortir des mauvais stimuli, des histoires. Nous cherchons un grain de vérité. Et cela n’a pas de prix.

A.-C. C. : On est sorti assez vite de cette pression. Nous ne sommes pas concurrents, car pas pour les mêmes raisons. La polémique pour la polémique qui ne nous intéresse pas. Il y a des sujets qui ne cessent de se répéter dont on ne parle pas.

G. B. : Pendant le Covid, je suis venu à la conférence de rédaction le matin avec 50 questions factuelles. Nous n’avons pas eu le temps pour la controverse. Le fait que les gens rongent sans connaissances scientifiques est un monde parallèle pour moi.

A.-C. C. : Nos téléspectateurs seraient surpris si nous avions affaire à ce type de polémique. Nous restons vigilants car ce qui n’était qu’une polémique peut changer de nature et devenir une véritable information que nous traiterons.

G.B. : Anne-Claire a cent fois raison. Ce que le téléspectateur du JT de TF1 peut attendre – tous les mots comptent -, c’est de voir la France, le monde et même l’univers décrit et décrypté par le reportage. Le rapport permet d’ouvrir mille et un tiroirs. Et je peux vous dire ce que l’actualité de TF1 n’est pas : potins, bagarres, ou polémiques à deux sens.

A.-C. C. : Nous passons beaucoup plus de temps à rendre compte que nos concurrents. J’ai un reportage de 12 minutes dimanche dans lequel on peut parler de la restauration d’Abel Gances Napoléon ou présenter la vallée de la Chartreuse. Nous n’avons plus rien à envier au magazine, car avec nos moyens techniques (notamment les drones) nous produisons des reportages de très haute qualité. Ça n’a rien à voir avec ce qu’on avait quand Gilles et moi étions reporters (rires).

GB : La magie de 20h c’est que c’est Les Échos, Le Figaro, Le Point, Libé, Le Monde diplo, Sciences et Vie, L’Équipe, The Guardian, etc. le sont. Dans le même journal, nous pouvons complètement nous détendre. Nous ne sommes pas dans la « hard news » avant 20h39. Des études disent : Nous nous adressons au public le plus large en termes de catégories socioprofessionnelles, de logement, de revenus, de proportion hommes-femmes. Lorsque la caméra rouge s’allume, nous parlons potentiellement à tout le monde, qu’ils soient de droite, de gauche ou d’abstention. C’est plutôt génial.

G.B. : On ne fait plus de « Popol ». S’il y a du frisson à telle ou telle fête, je le lis avec intérêt dans les journaux, mais je ne pense pas qu’il soit dans l’intérêt public de le faire publier à 20h

A.-C. C. : Nous le faisons, mais différemment. On se concentrera davantage sur le fond, notamment sur les mesures concrètes qui seront mises en place.

G. B. : Mais en même temps on se battra pour la candidature de l’homme politique et de l’homme politique. Par exemple Yannick Jadot, il doit annoncer sa candidature dans le 20 heures de TF1. Après, les Chicayas à EELV, j’aime les laisser à d’autres.

A.-C. C : Nous n’en ferons pas moins, mais nous le ferons en fonction de l’actualité. Nous ne pouvons ignorer l’abstention et le sentiment général dans le pays. Il y a une opposition terrible à la politique. Nous sommes des électeurs et des militants politiques, et nous devons pouvoir en parler aux téléspectateurs d’une manière qui les intéresse et les faire revenir aux urnes.

A.-C. C : Tout et rien. Les nouvelles technologies nous ont permis d’offrir plus de choses, comme la 3D ou l’infographie. Mais nous n’avons pas changé le sujet de notre travail.

G. B : Une étude a été réalisée il y a 20 ans. Lorsque les gens allumaient la télévision pour regarder les informations, 93% des téléspectateurs l’ont découvert en regardant le journal. Ils ont vu un Français gagner le Tour de France, ils ont entendu un homme politique parler pour la première fois… Vingt ans plus tard, à la même époque, on propose vaguement la même chose à des gens qui à 95% savent presque tout. Nous aurions pu faire du hara-kiri. Mais nous n’avons pas perdu notre pertinence ni notre audience. Une émission d’information doit avoir une perspective historique à partir de l’avertissement que nous recevons sur notre téléphone. Vous savez, tout est vieux à 20 heures. Il faut donc gagner en hauteur et en distance. Il faut garder la tête froide quand il y a des nouvelles : que pèsent-elles ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Moi, ma peur, c’est de sortir du journal et de me dire : « Demain, à 7h, j’écouterai la radio et mon actualité prendra un coup de vieux, car tu auras une hypothèse qui sera entre-temps refusé. « Je suis fier qu’à Covid nous ne nous sommes jamais perdus avec des informations qui ne l’étaient pas.

Vivez ces dernières heures… Je fais partie de ces vieux qui ont jeté leur télé il y a quelques années… résistant aux (a) réseaux sociaux… Alors c’est…

Le Coudray vaut le détour, le Bouleau est à plat. Ce sont les éditeurs qui sont durs. On se demande sur quelle planète on vit

Bonjour, je m’interroge aussi sur le niveau général de français… après tout, cela dépend de quel niveau vous voulez parler.

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