CM – Cyclisme : Mathieu van der Poel, au volant de sa « Poupou »

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Dimanche, à 800 mètres de l’arrivée à Mûr-de-Bretagne (Côtes-d’Armor), Mathieu van der Poel a pédalé. Dans sa manière dégingandée d’abuser de sa machine qui n’a jamais semblé aussi inflexible, le Néerlandais a rompu et a laissé ses adversaires se battre avec les pentes. Julian Alaphilippe, si détendu la veille à Landerneau, n’a pas pu lui répondre. Selon la légende, il lui a laissé la tête du classement général. Le petit-fils de Raymond Poulidor a enfilé le maillot jaune pour son premier Tour de France après deux étapes. Son grand-père avait remporté le Graal malgré 14 Tours de France, 307 étapes dont 7 et une popularité légendaire dans les rues de la Grande Boucle.

Sur les joues lisses et généreuses de Mathieu van der Poel en zone mixte se tenait en larmes lorsqu’un journaliste l’interroge « sur la symbolique » de cette victoire. Une allusion à « Poupou » décédé en novembre 2019. Cette filiation, qui fait souvent penser à « MVP », l’a intégrée avec brio pour ne pas la subir. Jusqu’à l’appropriation de l’héritage dont sont décédés tant de « fils » et de « petits-enfants ». Pour la première étape de la tournée entre Brest et Landerneau, son équipe d’Alpecin a troqué la tunique noire contre des maillots violets aux manches jaune moutarde, référence au maillot Mercier du Poulidor.

Souvenir de la double ascension de Mûr-de- Bretagne Mathieu van der Poel Christian Laborde au tout premier surnom de Poulidor, qui lui a été donné en 1956 au Bol d’or des Monédières. encore un amateur attaqué sur le col de Lestards, salué par le public aux cris de « La Pouliche », ajoute-t-il. Il le voit attaquer lors du premier passage à Mûr, puis lors du second, Laborde retourne la métaphore et évoque « l’explosivité équine de La Pouliche, le pur-sang ».

C’est une préférence française que le petit-fils soit toujours son grand-père ramène-t-il ? «Mathieu était très fier de Raymond. Pas parce que c’était Poulidor, mais parce que c’était son grand-père », résume Youri IJnsen, qui connaît bien le phénomène. Journaliste de WielerFlits, le site de référence néerlando-belge sur le cyclisme, il affirme que cet héritage n’a jamais été un fardeau, mais « au contraire ». Tout sauf une éternelle seconde, car « Mathieu aime à rappeler que son grand-père a remporté de grandes courses comme le Tour d’Espagne ou Milan-San Remo ». Comment ne pas tomber sous le charme de ce garçon aux yeux bleus éclatants et au sourire malicieux, qui a tout pour séduire le public, comme l’a fait autrefois son « Grootvader » (« grand-père »). « Il a toujours été le garçon plaisant et accessible au fil des ans », dit IJnsen en abondance. Et de dresser le portrait d’un coureur qui « a confiance en lui, mais pas toujours en son talent ». C’est sans doute la raison pour laquelle il ne considère jamais la course comme gagnée et conduit si confortablement.

Mathieu est né à Kapellen, un village belge à la frontière avec les Pays-Bas. Son père Adrie – dont Mathieu a hérité le corps athlétique des cyclistes flamands – est un coureur prolifique des années 1980 et 1990. Sa mère Corinne – il est à l’image de ses yeux en amande avec une bouche large et étroite – est la fille de Raymond Poulidor. Elle a rencontré Adrie dans une boîte de nuit en Martinique, comme le raconte Eric de Fallur dans un portrait pour le quotidien belge La Dernière Heure. Elle avait promis à sa mère qu’elle ne voterait pas pour le mari qui dirige l’Europe pendant six mois. Promesse non tenue.

Avant de monter sur son vélo, le plus jeune Van der Poel s’est essayé au football avec beaucoup de talent. Son père entraînait l’équipe locale, preuve qu’il n’y avait aucune pression familiale pour lui faire un petit scooter. Chez Van der Poels, le développement est une priorité : les enfants prennent leurs décisions. « Mathieu a été accepté à l’académie par Willem II, un club néerlandais de première division », explique Youri IJnsen. Il y rencontre Frenkie de Jong, devenu international néerlandais et joueur du FC Barcelone. Problème : Le plus jeune ne supporte pas une défaite et ne tolère pas que ses coéquipiers ne donnent pas tout pour gagner. L’homme exigeant doit trouver un sport où il ne dépend pas des autres.

Au tennis, qui est pratiqué par son père de garçon, Mathieu préfère le cyclocross, comme son frère David, auquel Adrie l’a initiée. Cette merveilleuse école de vélo, qui fait du bien au petit casse-cou, développe l’habileté, l’explosivité et les formes jusqu’au mal. De ce fait, Mathieu s’est fait un prénom. Champion du monde junior, puis senior à 20 ans, il multiplie ses succès en Coupe du monde et Super Prestige, les deux compétitions phares de la discipline. De temps en temps il essaie la route sur laquelle il brille, Champion du Monde Junior 2013 à Florence. Il obtient ses premiers succès professionnels dès l’âge de 19 ans. Il s’est patiemment fait les dents.

Le cyclisme, sport de maturité, sait écraser physiquement et mentalement les coureurs précoces. Beaucoup d’entre eux brillent avec les jeunes et craquent avec les professionnels. « MVP » a attendu de maîtriser le cyclocross il y a presque deux ans pour se consacrer à la route. Jusque-là, le Néerlandais n’avait disputé que des épreuves de second ordre – où il y avait encore de sérieux concurrents. Il avait 24 ans lorsqu’il a participé à sa première course de niveau World Tour. Dans le même temps, Sagan n’avait pas 20 ans, Alaphilippe pas 22. Van der Poel a couru quatre fois au printemps 2019. Résultats 2 victoires, 2 quarts.

L’un de ces succès fut l’Amstel Gold Race, la plus prestigieuse des classiques hollandaises, que son père remporta en 1990. En une minute, l’enfant prodige montra peu à peu ses qualités. Le fait qu’il refuse toujours de perdre le premier alors qu’il se trouve à 1,4 kilomètre de l’arrivée à plus de 20 secondes de retard sur un trio de grands noms (Alaphilippe, Fuglsang et Kwiatkowski) dément la logique qui l’obligerait à jouer les battus. Van der Poel a ramené son groupe au prix d’une performance individuelle, sans calcul, sans avoir droit – et c’est une autre de ses qualités – au trio de tête, à 200 mètres de l’arrivée. Dans la continuité de ses efforts, qui semblaient sans fin aux gens du commun, « MVP » a commencé son sprint et a établi tout le monde. C’est une troisième qualité que Youri IJnsen explique ainsi : « Quand Van der Poel flaire la ligne en finale, il sait qu’il peut encore faire quelque chose. « 

Satisfait de ses débuts, l’imprévisible Van der Poel a interrompu sa saison à la mi-avril et a passé l’été à faire du VTT. Il a débuté en Coupe du monde de cross-country, a remporté trois tours et a terminé deuxième du classement général derrière Nino Schurter, le meilleur vététiste de ces dix dernières années. Van der Poel sait tout faire. A son retour sur la route en août, il remporte le Tour de Grande-Bretagne, fait exploser le Championnat du Monde en octobre avant de caler avec 13 kilomètres à parcourir. Trop généreux dans l’action, Van der Poel doit encore apprendre.

En 2020, Covid va chambouler une saison explicitement controversée entre août et octobre.  » MVP  » confirme son statut de coureur classique , qu’il soit goudronné ou vallonné. Sa vitesse de pointe le permet Il régule aussi les arrivées massives. Il arrose aussi de sa vigueur, qui est capable de repartir seul à plusieurs dizaines de kilomètres de l’arrivée. Le cyclocross l’a visiblement inspiré. Il a remporté le Tour de Belgique et surtout son premier monument, le Tour des Flandres, devant Wout Van Aert, l’un de ses principaux rivaux dans les classiques, avec Julian Alaphilippe. Van der Poel a poursuivi sa récolte cette saison et a remporté les Strade Bianche sur les routes non goudronnées de Toscane.

Un peu proche de San Remo, « MVP » n’a pas pu tenir son titre dans le Tour des Flandres. Preuve que même les meilleurs sont parfois battus par les plus forts. Puis il s’est tourné vers la tournée en veillant à vérifier ces deux premières étapes qui lui allaient si bien. En 2016, Raymond Poulidor, qui disait Mathieu « plus talentueux qu’Adrie et moi », a confirmé qu’il était un futur vainqueur de la Grande Boucle. Loin des ambitions actuelles du petit-fils, vers les classiques et le poney. Mais depuis la spécialisation exagérée des coureurs dans les années 1990, le cyclisme moderne n’a jamais permis des profils aussi variés que ceux qui se sont créés depuis cinq ans. Bien préparé pour le classement général, qui sait mieux que « Poupou » de quoi serait capable son héritage ?

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