CM – Kevin Mayer : « Il faut relancer l’esprit de compétition dans les écoles »

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Vice-champion olympique du décathlon à Rio, le Français Kevin Mayer (qui a battu le record du monde dans cette discipline avec 9 126 points) est l’un – sinon le seul – des plus grands espoirs de médailles d’or aux Jeux Olympiques à Tokyo. Une affaire suffisamment rare pour être accueillie et entendue. Si les athlètes français ont repris la maxime du père des JO modernes, Pierre de Coubertin, pour qui « le plus important était de participer », ils ne sont pas les seuls coupables. « La distorsion entre les ambitions sportives françaises et la politique sportive du gouvernement est flagrante », confirme le deuxième champion olympique de l’histoire du décathlon français après Ignace Heinrich en 1948.

Pire encore, le retrait de l’Etat accroît le désintérêt du public, ce qui fait les Cassandre craignent pour la pérennité des grands événements sportifs. Mauvaises performances des athlètes français, suspicion de corruption et de dopage chez les concurrents, allégations de discrimination, augmentations budgétaires dans le contexte de la crise sanitaire… Les JO seraient, de l’avis des experts, inadaptés aux nouvelles préoccupations sociales et écologiques des le public. Pourtant, le sport est porteur de valeurs essentielles qui peuvent être transmises au plus grand nombre dès le plus jeune âge. Nous l’avons rencontré en tant qu’ambassadeur de la marque Montblanc, pour laquelle il vient de signer une collection de bagages en nylon régénéré. Préservation musculaire.

Le Point : Au Japon, seulement 27% de la population souhaitait que l’événement se poursuive. La question a également été discutée parmi les athlètes. Êtes-vous satisfait du maintien des Jeux Olympiques à Tokyo ?

Kevin Mayer : En tant qu’athlète, je ne peux bien sûr qu’en être satisfait. Nous vivons pour de tels moments. Le report de l’année dernière était bien, mais une annulation aurait été difficile à supporter. Grâce à la bulle santé créée pour ces Jeux, je pense sincèrement que l’impact des athlètes sur la situation sanitaire au Japon sera minime. Il faut être sérieux, respecter les règles et tout devrait bien se passer.

Je ne dirais pas que j’ai choisi le décathlon. C’est vraiment un « pas le choix ». Jeune, j’ai fait beaucoup de sports (tennis, rugby, natation, hand, badminton, etc.), j’adorais la compétition, mais je m’ennuyais avec les entraînements, trop répétitifs…
Un jour, j’ai gagné une croix UNSS. J’aimais cette idée de tout donner et de rester derrière soi, alors j’ai commencé l’athlétisme, au début sur le demi-fond, puis petit à petit j’ai commencé à toucher à tout, disque, taille, javelot, longueur, sprint, etc. réalisé que l’entraînement ne me dérangeait plus, nous faisions quelque chose de différent chaque jour, en travaillant sur des techniques différentes, des approches physiques différentes, etc. J’avais un bon potentiel sur certaines épreuves et certains entraîneurs voulaient que j’en choisisse une, ce que je n’ai jamais fait , je me suis trop amusé. Et un jour un entraîneur combiné m’a parlé du décathlon : Ça a commencé.

Quant à la popularité de cette discipline, je vais faire de mon mieux pour la faire connaître ! Cela demande des résultats, des réalisations, des records et, plus récemment, l’organisation d’expériences Mayer etc.

A LIRE AUSSI Jeu de la semaine : Montblanc vs Frédérique Constant Ils disent qu’il est « impossible d’être prêt pour un décathlon tant que c’est une vraie tuerie « pourquoi ?

J’ai dit il y a longtemps que j’avais moins d’expérience. Sans parler de tuer, c’est vrai qu’on n’est jamais prêt pour un décathlon, les 10 épreuves le rendent tellement aléatoire, par exemple on peut enchaîner 7 très bons résultats, il ne suffit pas si on fait un zéro avec la perche (voir Championnat du monde à Londres). Mais c’est justement pour ça qu’on aime cette discipline, le fait qu’un ultra-favori puisse manquer un événement à tout moment et que toutes les cartes soient battues. Après, c’est à nous de faire tout notre possible lors de la formation pour que le processus se passe le mieux possible et que notre potentiel soit maximisé. Dans celui-ci, je me sens prêt pour Tokyo sans caféine.

Vous dénoncez la distorsion entre les ambitions sportives françaises et la politique sportive menée par le gouvernement.
Que recommandez-vous précisément ?

Ce sont surtout les mentalités qui ne vont pas dans le bon sens. À l’école, on met davantage l’accent sur un génie des mathématiques qu’un génie du mouvement. Un enfant hyperactif sera certainement traité de fou tout au long de l’école parce qu’il a des difficultés à se concentrer etc. alors que ce système n’est tout simplement pas pour lui. Assis sur une chaise 6, 7 ou même 8 heures par jour est une torture pour lui.

Ce terme de compétition sportive devrait aussi être ramené à l’école, compétition dans son sens noble : se surpasser, fair-play, entraide, etc. Au lieu de cela, nous faisons tout pour éviter de trop mettre les enfants en compétition, je ne pense pas que ce soit la solution. Prenez, par exemple, les États-Unis d’Amérique, où le sport est tout aussi important que n’importe quel autre sujet. Dès leur plus jeune âge, ils sont amenés à s’affronter, etc.
Et les derniers trails américains leur donnent raison, la densité du niveau américain en athlétisme est incroyable.

Des événements coûteux et difficilement compatibles avec les nouvelles exigences écologiques et sociales de l’opinion, les Jeux Olympiques, Coupes du monde et autres grands les événements sportifs font l’objet de critiques… L’Olympia est-elle vouée à changer pour ne pas disparaître ?

Je ne pense pas. Oui, c’est cher, mais quand tant de villes se battent pour les jeux, il doit y avoir de bonnes raisons.

D’un point de vue environnemental, les mentalités changent, les organisateurs font de plus en plus attention, un projet irrespectueux ne sera certainement pas plus être sélectionné par le CIO… mais cela prend du temps. Socialement, je trouve ça extraordinaire, ce mélange de pays, de cultures et de niveaux est, à mon avis, le meilleur des jeux (à part une pandémie, bien sûr).

Les Jeux Olympiques sont une énorme somme d’argent . Les athlètes qui sont au centre du spectacle n’en reçoivent qu’une infime partie, semble-t-il ?

Beaucoup d’argent est fait, mais il ne faut pas oublier tous les investissements réalisés. Mais sans les athlètes, il n’y aurait pas de Jeux Olympiques. On pourrait imaginer une meilleure redistribution des bénéfices au profit des sportifs. Surtout pour les petits sports qui font le reste du temps moins connus, qu’ils ne voient que tous les quatre ans.

Pour ces athlètes, le rêve olympique est l’aboutissement de nombreuses victimes, une compensation financière plus juste serait la bonne. Mais j’aime aussi que les jeux restent un rêve d’enfant pour les athlètes et que la participation suffise à les rendre heureux. Peut-être que l’argent gâcherait la pureté de leurs efforts. Les Jeux Olympiques sont du sport à l’état brut.

LIRE AUSSI 21 horloges en 2021 (3/3) En 2019, sans boycotter la compétition, vous avez vos réserves sur le pays hôte des Championnats du monde d’athlétisme (Qatar, ndlr . d.Red.) n’a fait aucun secret. La question est à nouveau d’actualité pour la prochaine Coupe du monde de football (qui se tiendra également au Qatar, ndlr). Que pensez-vous des athlètes qui boycottent les masses sportives ?

Ils sont super courageux, travaillent toute leur vie pour les grands événements et ne dénoncent pas là au dernier moment, c’est fort. Après on peut le voir autrement : y aller, arriver à un résultat, gagner le pouvoir de parler, puis dénoncer…

A Roland Garros, Naomi Osaka a jeté un éclairage dur sur la vulnérabilité mentale des sportifs. Qu’est-ce qui t’inspire pour prendre cette position qui divise ?

Je ne suis pas dans la tête de Naomi, chacun a une sensibilité différente. Reste que c’est vrai que les sportifs sont soumis à beaucoup de pression avant les grandes compétitions et que les questions de certains journalistes sont parfois plus propices au doute qu’à la pensée. Surtout au tennis, où l’esprit a un aspect fondamental.
Apparemment, Naomi ne le voit pas bien et elle a raison de l’annoncer. Cependant, je ne veux pas jeter la pierre aux organisateurs ou aux médias, qui font partie intégrante de l’écosystème sportif. Je peux comprendre qu’un tournoi nécessite d’aller en conférence de presse par rapport aux sponsors et à la médiatisation nécessaire. Peut-être que la solution ne serait pas d’obliger les athlètes mais de les encourager, toujours avec le droit de ne pas le faire.

Moins d’investissement et moins de spectateurs (football compris). Le sport a-t-il perdu une partie de son pouvoir fédérateur ?

Je ne pense pas que cette baisse me semble cyclique. Elle découle de la situation sanitaire. Peut-être que les stades vides rendent les gens moins intéressés à regarder un match de football ou d’athlétisme, mais pour moi, le sport n’a rien perdu de sa ferveur.
Regardez l’euro, les pays où il était autorisé, les stades étaient blindés. Le sport a besoin d’un public et d’une atmosphère. Je pense que le Tour de France établit de nouveaux records d’affluence cette année, je ne suis pas inquiet pour le sport. Attendons le public pour les jeux, mais je suis sûr que le public sera là après 5 ans d’attente.

Néanmoins, le sport est porteur de valeurs essentielles qui peuvent être transmises au plus grand nombre que possible dès le plus jeune âge (Près des deux tiers des Français de 15 ans et plus pratiquent une activité physique soutenue au moins une fois par semaine, ndlr). ). Les Jeux Olympiques doivent-ils désormais allumer le feu écologique au-delà du culte de l’accomplissement et de la culture ?

Oui, bien sûr, nous n’avons pas le choix. Le WWF a récemment publié un rapport sur les conséquences du réchauffement climatique pour le sport (2 et 4 degrés), les conséquences seraient dévastatrices pour tout le monde, pas seulement pour les sports d’hiver. Je pense qu’il y a maintenant une obligation dans tous les secteurs d’allumer le feu écologique, que ce soit le sport, l’agriculture, la construction etc. Et qui de mieux pour montrer l’exemple dans le monde du sport que les JO et le CIO ?

Le concept de performance dans les équipements sportifs est désormais complétée par le concept d’écologie, vous incarnez une ligne en nylon régénéré. Pourquoi cette dimension durable est-elle importante pour vous ?

C’est l’avenir, ignorer cette pensée (voire cette obligation) de durabilité dans la production serait un déni.
J’étais donc ravi quand Montblanc m’a parlé de cette opportunité de collaboration, mais quand ils m’ont parlé du nylon régénéré, j’étais plus que prêt pour ça ! Cela a toujours été un honneur pour moi de choisir mes partenaires avec soin, que mes valeurs soient les leurs et que nos aspirations vont dans le même sens. Chez Montblanc, j’ai tout de suite été bluffé par leur savoir-faire, le travail fou que représente chacun de leurs produits. Cette ligne Montblanc x 9126 de Kevin Mayer en témoigne.

Vendu hier à Monaco chez Antiquorum, ce Nautilus, qui a été acheté il y a quelques semaines, a établi un record du monde de 30 400 euros lors d’une vente aux enchères.

La maison horlogère la plus italienne de Suisse met à l’honneur l’année 1936, date de naissance du Radiomir et de la création du célèbre voilier « Eilean » propriété de la marque.

Le constructeur, souvent comparé à Patek Philippe, lance le Cabaret, un modèle aussi rare que recherché, mais qui n’a pas connu un succès immédiat.

Outre les modèles de très grande qualité à complications répétition minutes ou cloche, d’autres pièces plus accessibles séduisent le regard ainsi que l’oreille.

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