Sucession: vers l’amorcement des discussions entre Paris, Biya et Kamto

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    Maurice Kamto, en chargeant Dupont Moretti, un Français, d’inviter Paul Biya à un dialogue, avait envoyé un message direct à la France pour lui dire qu’il était temps de s’asseoir et de discuter. C’était aussi pour rappeler aux Camerounais, à l’ONU, l’UA, l’UE et les Etats unis que l’interlocuteur pour une discussion au Cameroun est la France (dixit Jerry Rawlings). C’est celle-ci qui tient la télécommande et le régime de Yaoundé, qui ne se préoccupe que de son pouvoir, ne comprend pas grand-chose à la situation et ne peut par conséquent pas être crédible. Il faut soulager Yaoundé !

    Les derniers évènements au Cameroun révèlent un régime aux abois dont les pontes arborent la camisole du seul contre tous. « Nous sommes les seuls sur cette planète à avoir raison alors que les Camerounais, les partis politiques, les ONG, l’UA, l’UE, les EU, l’ONU ont tous tort. Nous sommes plus forts qu’eux, etc…» Un discours de délire qui a fait dire à certains Camerounais que le Cameroun (le régime de Yaoundé) défiait les Américains. Une entorse qu’un illustre Camerounais a très vite fait de battre en brèche en écrivant :

    « J’aimerais tellement que ce soit possible! J’aimerais tellement que le Cameroun défie les américains dans la construction des avions Boeing, dans l’industrie cinématographique comme Hollywood, j’aimerais que le génie camerounais défie Facebook, Google, que la musique camerounaise défie celle de Beyonce… Qui plus que moi aimerait que le Cameroun soit un pays souverain qui quitte le Franc CFA, qui ne fait pas construire ses écoles primaires par les dons Japonais, qui ne fait appel ni au FMI, ni à la Banque Mondiale et encore moins aux Chinois, etc… ».

    Ce discours donc, qui frôle le délire, est la résultante d’un malentendu sur l’identité de ceux qui dirigent véritablement le Cameroun. En effet, le Cameroun, sous le régime de Paul Biya est devenu une colonie Française. Certains diront une néo-colonie avec des dirigeants noirs de nationalité Française. Dans ce genre de colonie, le monarque en place tient son pouvoir de Paris. Il est chargé d’amuser la galerie avec toutes les formes de mises en scène protocolaires et tyranniques pour afficher son pouvoir, pendant que la France assure l’intégralité de la politique du pays. Deux faits rapides pour illustrer cette situation :

    – Paul Biya affirme qu’il est le meilleur serviteur de la France. Pauvre Cameroun ! 
    – Il a déclaré la guerre à ses petits-fils, fils et frères du NOSO, pratiquement sur le perron de l’Elysée. Inutile de mentionner qu’il ne connait toujours pas les réalités abominables dans cette région et il ne comprend même pas pourquoi Paris lui a demandé de déclarer la guerre à son propre peuple.

    Dans cette posture, Yaoundé n’est donc pas en capacité de mener des discussions ou des dialogues sur des sujets qu’il ne comprend pas et dont il ignore les tenants et les aboutissants. Si le régime et sa milice peuvent recevoir des armes, tirer sur des populations, arrêter les citoyens, ils ne le font que sous la télécommande de Paris, qui, comme on le sait, ne sait danser que sous un air de musique coloniale.

    En bref, vous pouvez poser toutes les questions possibles au régime de Yaoundé, leur soumettre toutes sortes de doléances et leur faire toutes sortes de propositions ou de conseils, le régime ne répond que par une seule rhétorique que Paris lui a fait réciter comme un perroquet : Nous sommes au pouvoir et avec qui voulez-vous qu’on dialogue ? L’incurie des néo-colons sur la colonisation est un vrai désastre.

    Maurice Kamto avait déjà intégré cet aspect maladroit de la situation depuis très longtemps. C’est pourquoi il va charger un avocat Français pour porter le message du Dialogue, directement avec la France bien sûr, pour parler en langage diplomatique. Maurice Kamto n’est pas le seul à avoir pensé à s’adresser directement à Paris pour les choses qui se passent au Cameroun. On peut citer :

    – L’ancien présidentGhanéen, Jerry Rawlings, qui avait déjà appelé Paris à mettre un terme aux massacres dans les zones anglophones, et cela longtemps avant que cela ne prenne les tournures rocambolesques que nous vivons aujourd’hui.

    – Tibor Nagy, le sous-secrétaire d’états aux affaires étrangères des Etats-Unis, qui va mettre un point d’honneur à passer par Paris, à accorder une interview à RFI, avant de se rendre à Yaoundé, une façon d’expliquer aux Camerounais que le message, transmis au palais d’Etoudi, avait été directement adressé à Paris.

    – La diaspora Camerounaise (Anglophone et Francophone) qui avait déjà, à plusieurs reprises, attiré l’attention de Paris sur les dérives extrêmement graves de ses poulains à Yaoundé. Cette diaspora s’apprête d’ailleurs à porter le message officiellement et de façon populaire ce 18 Mai devant le palais de l’Elysée.

    Maurice Kamto, dans sa première déclaration après son élection, avait invité, par politesse, le régime en place à une transition pacifique du pouvoir. Très rapidement, il s’envolera pour un sommet de l’UA pour marquer l’indisponibilité ou la vacance d’une oreille attentive à Etoudi. Et cela se comprend car l’élite dirigeante de Yaoundé est totalement convaincue qu’elle a la protection totale de Paris, qu’ellen’est pas responsable de la situation et se contente d’obéir aux ordres de Paris. Ainsi le régime de Yaoundé affiche une défiance vis-à-vis des Camerounais, de l’Amérique et du reste du monde parce qu’il pense avoir le soutien de la France. Les arrestations des leaders du MRC, la guerre dans le Nord-Ouest et Sud-Ouest, ne viseraient qu’à plaire à Paris, n’en déplaise aux Camerounais et à la communauté internationale.

    En ce moment précis, le régime ne sait pas sur quel pied danser car la communauté Internationale frappe à sa porte pour lui demander des comptes sur une affaire qui est exclusivement gérée par la France. Heureusement, le régime, à son corps défendant, va être bientôt soulagé de cette inexactitude ou maladresse, grâce au rouleau compresseur impulsé par l’insistance de Maurice Kamto, le puissant lobbying de Jerry Rawlings, le bon sens de Tibor Nagy et la détermination de la diaspora. En effet, malgré le soutien, du bout des lèvres, de Paris, les Camerounais, de nombreux Etats et les organisations internationales, lassés de voir le Cameroun s’effondrer, se tournent, de plus en plus, vers Paris pour trouver des solutions au massacre et au naufrage du Cameroun. D’où cette sortie fracassante de l’UE que Paris n’a pas pu contenir. Il faut dire que le Front National Français, désormais grand allié du RDPC, du G20 et des panafricanistes, ne pouvait pas faire le poids tout seul face aux raz-de-marée de l’ensemble des parlementaires Européens.

    Dans cette ambiance de fin de match, scellée par la réalisation du penalty, les thuriféraires du régime, déboussolés, crient au complot et à l’atteinte à la souveraineté (inexistante) du Cameroun. Ils n’osent pas encore indexer Paris car ils considèrent toujours que grâce à eux, la France contrôle tout au Cameroun et se doit de protéger son allie principal Paul Biya, le plus ancien dans le grade le plus élevé des gardiens du temple du franc CFA et la Francafrique. Alors ils s’accrochent sur le Front National. Ils sont tellement aveuglés qu’ils ne voient pas les signaux annonciateurs du lâchage de Paris : Tenez, fin février, Emmanuel Macron avait téléphoné à Paul Biya pour l’inciter à la « prudence » et lui signifier, tout en se gardant de toute ingérence, que Paris suivait le dossier Kamto avec attention. Il a également plaidé en faveur d’une solution pacifique dans le NOSO. Paul Biya, un peu plus futé que ses propres créatures, qui a bien compris la démarcation à gauche de Paris, vient de déclarer, dans une sortie surréaliste et lamentable, sa flamme patriotique au Camerounais, après près de 37 ans d’antipatriotisme. Les Camerounais sont tout simplement abasourdis, complètement sous le choc.

    La grande espérance des Camerounais commande une grande lumière sur le Cameroun pour ramener les « je m’en foutistes » et les « jusqu’aux boutistes » à la raison et amorcer une transition pacifique. Dans le cas contraire, les conséquences sont à peu près connues et ne sont jamais en général jolies à voir. Et si la communauté internationale, dans sa grande magnanimité, réservait le droit à la France d’arranger la chose pour redorer son blason de gendarme d’Afrique, alors on connait la musique. Les gesticulations de Yaoundé s’arrêteront instantanément. Si nous nous inspirons par exemple de ce que nous avons vu en Côte d’ivoire, voici en quelques lignes ce qui pourrait se passer :

    – Le président Français va faire un discours, de préférence lors d’un déplacement à l’étranger, pour dire que Madame Paul Biya et Monsieur Chantal (un amalgame de genre et de fonction voulu) doivent quitter le pouvoir. La France n’est pas l’ami des dictateurs.
    – Très rapidement un pasteur (pourquoi pas un soldat) Français va être tué en zone anglophone, chose qui n’est pas arrivée depuis le début de la guerre ou on compte déjà de nombreux morts parmi les hommes des églises.
    – Immédiatement, il y aura un embargo sur les armes et surtout les munitions que Paris contrôle totalement. Conséquence, le BIR sera tout simplement HS grâce à son commandement.
    – Un Braquage de la BEAC va être organisé pour assécher les poches des barons du régime qui pourraient s’imaginer quelques contournements de l’embargo.
    – Ensuite, la signature du Cameroun auprès des organismes financiers et même de la BEAC sera retirée à Paul Biya. En principe ceci devrait suffire car Paul Biya ne carbure qu’au FCFA.
    – Mais si cela ne suffisait pas, on va organiser une mise en scène de l’assassinat de quelques femmes au marché de Mokolo, juste au cas où les tirs sur les militants du MRC ne suffisaient pas. Il faut bien s’assurer d’avoir raisons n’est-ce pas ?
    – Etc…

    Il y a quand même un problème avec ce scenario. Quel pays va accueillir Paul Biya ? On se souvient qu’au temps de Laurent Gbagbo, ce n’était pas un problème car tous les pays, y compris les Etats-Unis, voulaient offrir à ce digne fils d’Afrique, une retraite dorée. Dans le cas de Paul Biya, Ouuuuuuhhh ! Ça c’est un problème qui n’augure pas des lendemains radieux. En tout cas le Maroc de Mobutu et le Sénégal de Ahidjo sont les seules propositions que Paris pose sur la table. Il va sans dire, que dans le cadre d’un tel scenario, tous les généraux de l’armée, sont invités à approcher une ambassade de leur choix pour un éventuel asile, en cas d’escalade. Pour les généraux qui auront un peu de vision, ils peuvent aussi déjà choisir les pays où ils pourront y servir d’ambassadeur pour le Cameroun.

    En conclusion, il faut arrêter d’accabler Yaoundé dans son mutisme, son incapacité et son immobilisme. Le régime de Yaoundé n’est tout simplement pas la bonne adresse pour un quelconque dialogue. En 37 ans de règne, Paris n’a pas autorisé à ce régime d’organiser un seul débat, une seule conférence ou un dialogue sur la nation Camerounaise. L’interlocuteur qui peut faire évoluer le débat, pacifiquement et rapidement, reste Paris qui est le principal soutien de Yaoundé. Heureusement ce n’est pas l’unique chemin.

    Source: cameroonvoice.com

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