World news – Neuf choses à savoir sur le capitaine Haddock, qui aura 80 ans en 2021

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Né parce que Snowy ne pouvait pas parler, inspiré par un peintre, un génie de l’insulte, émotionnel, chaleureux, héroïque … Retour sur Captain Haddock, l’un des personnages de dessins animés les plus populaires au monde, qui fête cette année ses 80 ans , sans avoir un peu vieilli.

Le célèbre capitaine Haddock, sans qui « Tintin ne serait pas Tintin », fête ses 80 ans en 2021. Ce personnage complexe était à la fois hilarant et tragique, faisant son apparition le 2 janvier 1941, avant de devenir un compagnon d’aventure inséparable et une figure clé de la série. Albert Algoud, auteur de Haddock Illustrated, les pleins jurons du capitaine Haddock (Casterman), revient pour franceinfo Culture sur les différentes facettes de ce personnage inimitable et la richesse lexicale de ses insultes.

Couverture « The Haddock illustré, les jurons complets du capitaine Haddock (CASTERMAN)

Le capitaine Haddock, avec son prénom Archibald (mais nous l’avons découvert beaucoup plus tard), est né le 2 janvier 1941 dans les aventures du crabe à l’or Krallen born, le neuvième album des Aventures de Tintin, paru pour la première fois en noir et blanc entre 40 et 41 sur les pages de Soir jeunesse. Dans la version couleur de l’album paru en 1944, le capitaine apparaît dans l’encadré 8 de la page 23. « In Ottocars Sceptre a déjà une préfiguration du capitaine Haddock parmi les caractéristiques d’un prédateur dans la forêt », note Albert Algoud.

Pochette « Le crabe aux griffes d’or » de Hergé (CASTERMAN)

L’entrée du capitaine Haddock dans la scène coïncide avec la volonté d’Hergé de faire entrer sa série dans des univers plus réalistes. «Au début, dans les premières aventures, le chien Snowy est très anthropomorphe et il est devenu trop improbable d’avoir un compagnon canin pour parler», explique Albert Algoud. C’est aussi le moment où la « comédie humaine » de Tintin s’enrichit de l’arrivée de La Castafiore ou du duo de policiers Dupont et Dupond.

La première rencontre avec Tintin est assez terrible. «Au début, Haddock est une épave humaine (un paradoxe pour un marin). Il est complètement alcoolique, violent, il étrangle presque Tim et Struppi, il l’assomme, il a tout ce qu’est un alcoolique dans le delirium tremens. un alkolo à la fin du cours « , souligne Albert Algoud.

Mais la rencontre avec Tintin va sauver cet homme qui » va du pire au meilleur « . Le capitaine Haddock, pour qui on n’aurait pas beaucoup donné au début, devient un compagnon, l’alter ego de Tintin, « qui enrichira le travail d’Hergé et compliquera l’intrigue » car Haddock lui-même « est un personnage complexe ».

Albert Algoud le compare à Tartarin, à la fois Sancho Panza et Don Quichotte. «Son côté Don Quichotte, c’est son envie de se lancer dans l’aventure, d’agir en héros, et le côté Sancho Panza est celui qui, une fois installé au Château de Moulinsart, a plus de chances de vouloir y rester. Il met un monocle, il se considère comme un aristocrate, il se voit comme un gentleman-farmer. Il y a donc une double postulation dans Captain Haddock, l’héroïsme et le retour à la maison. Il est pris entre les deux, mais il finit toujours par partir. en action, parce que sa générosité et son courage l’emportent.

En colère, le capitaine Haddock, sans expression, résilient (il essaie de réduire l’alcool), le capitaine Haddock est aussi très sensible. Il faut dire qu’il est né en 1941 au début de la guerre « Une période difficile où la série Hergé devient humaine », note Albert Algoud. « Le capitaine Haddock est ému. Il n’est pas éhonté, il éprouve et exprime des sentiments. Tim et Struppi beaucoup moins. Le personnage de Captain Haddock a largement contribué à humaniser la série « , a déclaré Albert Algoud.

L’une des principales caractéristiques de Captain Haddock est son art de l’insulte, qu’il pratique en abondance. Les albums de la série en sont pleins: 220 disent ceux qui aimaient compter. La première volée d’insultes ne tarde pas à suivre l’entrée dans la scène du capitaine en colère sorti du premier album.

« Captain Haddock et Tintin sont en Désert, au pays de la soif, et à un moment donné, les pillards attaquent, et Haddock, furieux de rage, grimpe sur une dune et commence ses essaims d’insultes. La première fois qu’il fait irruption comme ça, les assaillants s’enfuient. À moins qu’ils ne s’enfuient parce que la cavalerie arrive et que Haddock ne le remarque pas. À ce stade, je pense: « Hergé a vu tout le potentiel comique et dramatique qu’il pouvait tirer de ce personnage pour ses histoires et ses scénarios. Et Haddock est immédiatement devenu un personnage inséparable de Tintin. »

Le capitaine Haddock est bien connu pour ses explosions lyriques consacrées aux insultes, mais il ne dit jamais de blasphème. «L’idée géniale d’Hergé est, entre autres, de contourner la censure, de sélectionner des mots du langage courant ou même des mots rares et de les sortir de leur contexte pour commettre des insultes. C’est ce qui fait l’originalité de ce lexique», souligne Albert Algoud, qui les a énumérés et les a rassemblés dans son livre.

L’idée de son livre est née dans une salle de classe. Albert Algoud, alors professeur de français dans un collège de Savoie, surprend deux «imbéciles» à la fin du cours en lisant une bande dessinée. «Et je vois que c’était L’étoile mystérieuse. Je n’avais pas lu Tintin depuis que je suis enfant, alors je vais prendre le livre et leur dire que je vous le rendrai si vous répondez à mes questions sur le livre. Vous avoir la réponse à tout, et je vois qu’ils répondent tous en classe, alors je me suis dit, un auteur qui captive tellement les enfants que j’ai tellement de mal à les faire lire, tout ne peut pas être mauvais Alors je leur ai dit, je vous le rendrai demain. J’ai pris le livre chez moi et j’ai décidé d’utiliser des mots maudits comme outil pédagogique. J’ai écrit sur le tableau des malédictions et je leur ai raconté, me suis raconté une histoire avec tous ces mots , J’ai aussi fait quelques courses dans le dictionnaire. Ça a marché à mort! « 

Une technique qu’il continue d’utiliser, même si certains parents ne sont pas toujours contents. «Un jour, une mère est venue me voir et m’a dit: mais toujours la bande dessinée et puis le mot ‘Moujik’, peu importe! Et j’ai répondu que grâce à Tintin, ils liraient les grands auteurs russes Dostoïevsky et Tolstoï, et puis les parents me remercient! « 

« L’aiglefin illustré, tous les jurons du capitaine Haddock », par Albert Algoud (page 67) (CASTERMAN)

Albert Algoud a compilé une liste alphabétique des serments du capitaine pour ses élèves, c’est ainsi qu’est née l’idée d’écrire son livre dans lequel on pourrait retrouver toutes les expressions et le vocabulaire fleuri du célèbre marin, accompagnés de définitions et d’illustrations.

Capitaine Haddock s’inspire beaucoup de l’encyclopédie marine pour nourrir ses insultes. « Tonnerre de Brest », « Mille sabord », « Moule à gaufres » (allusion à la maladie de la variole), « Flibustier », « Freshwater Marine », « Old Sperm Whale » sont pêchés directement en milieu marin « boisson sèche connue et le Il est facile de se faire insulter », souligne Albert Algoud.

« Mais le goût immodéré du capitaine Haddock pour l’anathème fait aussi partie d’une tradition littéraire qui se rattache à Aristophane, Rabelais et les pamphlets libertaires et, malheureusement, à Céline, qui était une grande agresseuse très loin », souligne Albert Algoud. « Il y a toute une tradition littéraire, mais dans la bande dessinée c’est assez rare. C’est une des originalités de l’œuvre d’Hergé sans être négligemment littéraire sans intellectualisme », note l’écrivain.

« Hergé joue aussi beaucoup avec les sons, les « R », des clics qui cliquent, et quand vous savez que la bande dessinée est silencieuse, c’est comme si les malédictions du capitaine Haddock sont la musique, la bande originale du livre.  » .

Si Albert Algoud imaginait que le capitaine Haddock s’inspirait d’un homonyme, un certain Nicholas Haddock, capitaine du navire jumeau du Titanic, arrivé le premier sur le site de l’épave, Hergé serait plus enclin à utiliser Hergé comme modèle pour son personnage Peintre James Ensor: même barbe, même moustache et surtout un grand pamphleter et un génie de la maltraitance et de la malédiction, qu’il dirigeait le plus souvent vers ses collègues peintres.

« Autoportrait au chapeau fleuri », James Ensor (1860-1949) (STEPHEN CHUNG / LNP / MAXPPP)

« Il eut une flambée de tirades d’insultes extraordinaires similaires à celles du capitaine Haddock car c’étaient des mots qui ont été sortis du contexte dans lequel ils peuvent être utilisés, qui ne sont pas forcément scatologiques ou sexuels et qui sont sortis de leur contexte pour des insultes. James Ensor avait un génie insultant qui était absolument extraordinaire! »souligne Albert Algoud.

« Le grand malheur d’Hergé est d’avoir créé Tintin, ce personnage linéaire, et d’avoir la pierre angulaire d’un mouvement » brownien « , une sorte de spirale qui tourne autour de lui et dans laquelle il ne le fait pas. » « Il n’y a que des fous. Il y a beaucoup de fous et de folie dans le travail d’Hergé. Il faut savoir que la mère d’Hergé s’est retrouvée à l’hôpital psychiatrique. »

« En même temps, c’est sa mère qui lui a apporté de l’imagination qui l’a emmené à l’opéra, au théâtre, au cinéma et l’initie au cinéma burlesque (Chaplin, Keaton, Laurel et Hardy …) », explique Albert Algoud.

« Ils sont les anges gardiens l’un de l’autre. Tintin est sauvé par Haddock à plusieurs reprises, et Tintin va certainement sauver Haddock de la perte. Pour Tintin, le capitaine Haddock n’est pas un frère, pas un père, il est un sens profond du terme, c’est un peu Montaigne et La Boétie quelque chose  » note Albert Algoud. « Tintin n’aurait pas été le même. Le côté flou et timide, voire doux de Tintin aurait gagné la journée, et je pense que la série se serait fanée. Haddock a apporté de la saveur, il a apporté des couleurs, il a apporté du tempérament, et sans les aventures ne lui auraient pas été du tout les mêmes. C’est vraiment un personnage devenu tout à fait indispensable, indissociable de Tintin », poursuit-il, ajoutant que ce personnage sur scène était sacrément effronté par Hergé.

Couverture « Le secret de la licorne », Hergé (CASTERMAN)

« Ce qui est intéressant dans ce travail, que certains critiques jugent moralisant et qui n’est en fait pas du tout, est de transformer un alcoolique profond au comportement imprévisible en un très série de personnages importants, dans une bande dessinée pour enfants, dans un magazine catholique, il fallait quand même le faire! Et cette ambiguïté se retrouve dans le personnage du capitaine Haddock, un personnage complexe plein de contradictions. « Sans lui, la série Hergé aurait » ceci Cela n’a probablement pas duré », estime Albert Algoud. « Dans la série télévisée The Bureau of Legends, tous les noms de code des agents sont des jurons du capitaine Haddock. Riad Sattouf l’adore aussi … De toute façon, ça frappe toujours les fantômes », souligne l’écrivain.

« Si c’est tellement moralisant qu’elle serait aussi mignonne qu’elle serait remplie de bandes dessinées catholiques ou communistes si la série avait vieilli et qu’il n’y aurait pas ce charme, qui perdure encore aujourd’hui. C’est quelque chose qu’Hergé a peut-être surpassé », conclut Albert Algoud.

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