World news – Quand Azzedine Alaïa affirmait le pouvoir des femmes sans sacrifier leur féminité

0

Pour la génération ayant grandi dans les années 90, Azzedine Alaïa était ce couturier faisant dire à l’actrice Alicia Silverstone, face à un braqueur la sommant de se mettre à terre (et donc d’abîmer sa robe) dans le film Clueless : « Oh non ! C’est une Alaïa ! ». Et pour Donatien Grau, qui signe aujourd’hui une biographie du designer avec lequel il a étroitement collaboré, cette scène n’a rien d’anecdotique : elle illustre combien cette robe est liée à « l’identité de la jeune femme ». Et même, elle offre « une des représentations les plus directes des rapports entre mode, vêtement, désir, vie et mort ». Sans aller jusque-là, on peut au moins reconnaître que l’intrusion du nom du couturier dans le teen movie le plus célèbre de l’époque prouve combien l’homme a marqué l’histoire de la mode – et ce que l’on n’appelait pas encore la pop culture.

Si le ton de Donatien Grau frappe par son sérieux, c’est que pour Azzedine Alaïa, la mode n’avait rien de futile. A ses yeux au contraire, « la façon dont on s’habille détermine notre existence et cette détermination est politique », assure le biographe. Ainsi, quand Alaïa dessine le vestiaire de la femme des années 80, il n’enferme pas sa féminité dans un habit masculin – tailleur/pantalon ou smoking. Non, il la couvre de strass, de perles et de stretch épousant et sublimant ses formes. Ce faisant, il lui offre l’occasion « d’affirmer son pouvoir sans sacrifier sa féminité ».

Tatjana Patitz wearing Azzedina Alaïa Spring Summer 1988 black dress, photographed by Herb Ritts for British Vogue, July 1988. @tatjanapatitz @herbritts @azzedinealaiaofficial

Une publication partagée par Fondation Azzedine Alaïa (@fondationazzedinealaia) le 25 Août 2020 à 1 :04 PDT

Badass et girly, la femme Alaïa a à un coup d’avance. Elle fait ainsi penser à la jeune membre du congrès américain Alexandria Ocasio-Cortez, qui affirmait tout récemment que porter du rouge à lèvres est un « outil d’empowerment » car un moyen de rappeler que « la féminité a du pouvoir ».

En avance, Azzedine Alaïa l’était aussi dans sa critique du rythme effréné imposé par l’industrie de la mode. Depuis que le Covid a contraint la fashion planet à ralentir le rythme, ce point de vue est aujourd’hui unanimement partagé. Mais Alaïa n’a pas attendu d’être mis à l’arrêt par une pandémie pour dénoncer les deux maux de la mode : surproduction et surconsommation. Pour lui, le vêtement est un art, avant d’être un business. Et le celui qui les invente est un couturier, avant d’être un « styliste ». Un terme qu’il détestait car il y voyait quelqu’un « qui a accepté de ne pas faire œuvre et de n’exister que par la consommation ».

Aux yeux d’Alaïa, l’incarnation du « styliste » était Karl Lagarfeld. Et Donatien Grau consacre des pages pour le moins violentes à la « haine féroce » que se vouaient ces deux monstres sacrés. « L’un a préféré l’image, l’autre le vêtement. Leur définition de la mode était contradictoire : pour l’un, les tendances du moment qu’il savait saisir ; pour l’autre, les changements insensibles que lui seul savait percevoir ». Franchement vachard (et assumant son parti pris), Donatien Grau écrit : « l’un était plus connu pour son allure que pour ses créations ; l’autre portait la même tenue chinoise 365 jours par an ». Reste que ce faisant, Azzedine Alaïa s’est lui aussi donné une « allure signature » aussi immédiatement identifiable que le catogan de Lagarfeld…

Alaïa partageait aussi avec Karl Lagarfeld le goût de la punchline. Le livre de Donatien Grau en recèle des dizaines. Certaines ont des airs de sujets de philo : « Je fais des vêtements, les femmes font la mode » (vous avez quatre heures). D’autres au contraire, frappent par leur sublime limpidité. « La mode est une invention, l’élégance est une vérité. Le paysan dans les champs est aussi chic avec son tablier et ses sabots que la femme sophistiquée des magazines ». Ça va mieux en le disant.


SOURCE: https://www.w24news.com

Donnez votre avis et abonnez-vous pour plus d’infos

Vidéo du jour: