La seule chapelle politique que je défends ici est celle de la vérité des urnes. Il semble que c’est une cause perdue d’avance au regard du cirque de mauvais goût que le Conseil constitutionnel nous fait vivre depuis quelques jours.

Comment comprendre que de tout ce que le Cameroun compte comme juristes ait pu siéger au Conseil constitutionnel, c’est-à-dire à la plus haute instance juridique du Cameroun, des personnes qui ignorent qu’un procès-verbal doit être signé???

Comment expliquer que le souci de transparence en vient à être le grand absent d’une cours constitutionnelle qui est censée faire triompher la vérité des urnes, à tel enseigne qu’on oppose un non catégorique à des partis politiques qui souhaitent simplement vérifier l’authenticité des procès-verbaux sur la base desquels les résultats seront rendus? Espérer la vérité des urnes dans de telles circonstances c’est être comme Vladimir et Escadron qui attendent Godot. Toutefois, il y a une victoire qui n’est pas des moindres c’est que l’opinion publique camerounaise est plus que jamais consciente de l’illégitimité des hommes qui la gouverne et du fait qu’elle n’a rien à en attendre si ce n’est des scandales de vol et de la tricherie à répétition.

La récente plaidoirie de Grégoire Owona devant le Conseil constitutionnel est une illustration parfaite du sophisme et de la tricherie qui gouverne le Cameroun.

En gros, le propos de ce gros calibre de la mangeoire publique consistait à démontrer qu’il y a eu élection dans les zone du Nord et du Sud-Ouest, sous le prétexte que des bureaux de votes y étaient ouverts, que quelques citoyens ont accompli leurs droits de vote et que la grande majorité qui ne l’a pas fait jouissait tout de même de sa liberté de vote. Un propos d’autant plus incohérent qu’il entame son argumentaire par une série d’hommages aux populations et aux autorités locales qui sont affectées par les confrontations régulières entre l’armée du Cameroun et les sécessionnistes. Il salut même le courage de ceux qui ont bravé ce climat d’insécurité pour aller voter, reconnaissant ainsi lui-même que la liberté de vote dont il parle n’est qu’une contrevérité.

Etre libre c’est pouvoir agir sans contrainte. Certes, même dans des circonstances où la liberté est réelle, on peut avoir besoin d’un certain courage pour exprimer son opinion car le sujet doit alors braver ses propres peurs qui ne reposent sur aucun obstacle objectif. Mais dans le cas d’espèce l’obstacle est réel et c’est l’insécurité. Saluer le courage de ceux qui sont allés voter c’est donc reconnaître qu’il n’y avait pas de liberté de vote. Comment peut-on affirmer que John Fru Ndi qui jouit pourtant de grands privilèges et d’une réelle capacité de protection pour lui et pour sa famille a été inquiété parce qu’il a bravé l’interdiction de vote lancée par les sécessionnistes, tout en prétendant dans le même temps que le citoyen lambda jouissait de sa liberté de vote. Il faut être aveuglé par l’arrogance et le sens de la tricherie qui caractérise l’establishment au Cameroun pour ne pas voir l’absurdité d’un tel discours. Hélas pour ce système moribond, on ne dissimule jamais assez la vérité même quand on est un expert en mensonge.

Dans cet entêtement à mépriser les populations et à se servir plutôt qu’à les servir, les lieutenants de ce régime finiront par en faire payer le prix fort au Cameroun. Parce que cela sert leurs intérêts égoïstes, ils feignent d’ignorer que la non-tenue des élections dans les régions anglophones est une victoire des sécessionnistes qui peuvent désormais faire valoir la non légitimité de Paul Biya dans cette partie du Cameroun. Gregoire Owona et ses compères savent parfaitement qu’une élection qui se déroulerait dans des conditions à peu près normales dans ces zones du Cameroun ne leur ramènerait que des défaites. Alors ils jouent le jeu des sécessionnistes plutôt que de trouver les mesures pour que les populations du Nord et du Sud-ouest s’expriment. « A quoi bon, se disent-ils, puisque la situation est profitable à notre maintien au pouvoir ».

Ils sont donc prêts à risquer l’intégrité territoriale du Cameroun pour demeurer au pouvoir. S’il est évident que la non-participation des anglophones à cette élection leur est largement bénéfique, il est également évident que le la nation camerounaise en sort fragilisée car ses dirigeants auront désormais des problèmes de légitimité auprès de ces populations, ce qui ne pourra que faire prospérer le discours sécessionniste.

Columnist: Rodrigue Dongmo

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