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Dix mois après l’annonce de sa mort, le mystérieux combattant sécessionniste vient de faire son grand retour en s’autoproclamant chef traditionnel d’Essoh-Attah, dans le Sud-Ouest du Cameroun relate le panafricain Jeune Afrique.

1er octobre 2019, jour de célébration de l’« indépendance » de l’Ambazonie. Sur l’esplanade du palais royal d’Essoh-Attah, dans la région du Sud-Ouest, un homme vêtu d’un treillis militaire portant les insignes de l’armée camerounaise fait son apparition. Son béret vert voile à peine son visage : c’est Field Marshall, le commandant des « Red dragons » du Lebialem.

Le chef de guerre de cette milice, l’une des plus virulentes dans le conflit armé qui oppose sécessionnistes et forces armées dans la partie anglophone du Cameroun, signe son retour, dix mois après l’annonce de sa mort. La scène, filmée par une caméra amateur, le montre autour de combattants tous armés, prenant part à son intronisation comme chef traditionnel d’Essoh-Attah, sous les youyous des derniers habitants de cette bourgade isolée du reste du pays depuis l’enlisement de la crise.

Field Marshall semble avoir soigneusement préparé son retour. Son discours d’intronisation, enjoué mais ferme, se veut une déclaration d’autorité : « Je suis le chef du Lebialem (…) J’aime mon peuple, et je ne laisserai personne lui causer du tort. Quiconque viendra vous importuner dans ce village, faites-le moi savoir et il saura qui est Field Marshall». Un discours séducteur qui cache toutefois un « règne » s’annonçant sous le signe de la soumission ou de la mort.

Une réputation bâtie dans le sang

De son vrai nom Leke Olivier Fongunueh, Field Marshall a bâti sa réputation dans le sang, au point de devenir l’un des sécessionnistes les plus craints sur le front de guerre anglophone. Selon Amnesty international, les « Red dragons » et leur chef seraient à l’origine de plusieurs attaques meurtrières « destinées à semer la peur dans la population, allant même jusqu’à incendier les écoles et à cibler les enseignants qui n’appliquent pas le mot d’ordre de boycott » ; ceci, outre les assassinats ciblés contre des membres des forces de sécurité.

Sous son action violente, l’administration camerounaise a disparu de la plupart des villages du Lebialem, tout comme les chefs traditionnels qui ont abandonné leurs palais pour se réfugier dans les régions voisines. En prenant leur place, Field Marshall a renforcé son emprise sur ce territoire où les forces gouvernementales peinent à reprendre le contrôle, aucune des interventions militaires qui y ont été engagées n’ayant réussi à déloger sa milice.

Au contraire, en évitant ces attaques, notamment celle de décembre 2018 après laquelle sa mort avait été annoncée, Field Marshall a construit un mythe d’invincibilité autour de sa personne. Ce qui fait de lui un être redouté dans la région. Et c’est avec une assurance affichée qu’il défie ostentatoirement l’armée camerounaise. « Ils ont annoncé ma mort en décembre, me voici. Qu’ils viennent me chercher ! », lançait-il le 1er octobre dernier lors de son retour dans le Lebialem.

Une affaire de famille

Une suprématie que les forces de défense relativisent néanmoins, en l’accusant de se servir des populations qu’il retourne par la violence, comme bouclier humain. « Il est difficile de mener certains types d’intervention dans ce contexte à cause de la présence des civils, confie un cadre du ministère de la Défense sous anonymat. Car ces terroristes se cachent au milieu de la population, et il est peu probable de les toucher sans faire des victimes collatérales ».

Rien ne prédestinait pourtant cet ancien soldat de l’armée camerounaise, né en décembre 1968 à Azi (Sud-Ouest), à se retrouver au cœur de la contestation de l’ordre républicain. De son enfance, ses proches se souviennent d’un « garçon obéissant » qui n’achèvera cependant pas sa scolarité, plombée par « des résultats insuffisants ». Son frère Chris Anu par contre, réputé « trublion », excellera dans ses études avant de se lancer dans une carrière d’ingénieur informatique aux États-Unis.

Aujourd’hui, les deux frères sont en première ligne de la revendication armée en zone anglophone. Pendant que Field Marshall mène le front militaire sur le terrain, Chris Anu, lui, assure la coordination politique à travers sa fonction de porte-parole du gouvernement par intérim de l’Ambazonie. Et bien que leur famille payent un lourd tribut à leur engagement, les deux frères n’abdiquent pas.

« Qu’ils viennent me chercher »

En août dernier, Grace Mafuatem, la mère de Field Marshall, et sa sœur Beza Berist ont été arrêtées à Yaoundé, en possession d’une somme d’1,6 millions de F CFA. Elles s‘étaient installées dans la capitale camerounaise, après l’incendie de leur maison familiale dans le Lebialem. Du côté des autorités, on soupçonne les deux prévenues de receler des produits des rançons collectés par Field Marshall sur le terrain. Mais leurs avocats assurent qu’elles ont « perdu tout contact » avec lui.

Alors que l’ouverture de leur procès pour complicité de terrorisme est toujours attendue au tribunal militaire, Field Marshall estime qu’il s’agit d’une cabale pour le contraindre à sa rendre. « Les soldats de la République ont attrapé ma mère, ma sœur, mon meilleur ami, ma femme. Ils les ont enfermés. Ils demandent que moi, Field Marshall d’Ambazonie, je dépose les armes. Me voici dans le Lebialem, qu’ils viennent me chercher », a-t-il affirmé lors de son intronisation comme chef d’Essoh-Ettah.

Après la tenue du Grand dialogue national organisé par le président Paul Biya, le leader ambazonien avait rejeté les conclusions finales de cette rencontre. Si on lui connait une certaine indépendance dans ces actions, et des brouilles avec d’autres combattants secessionistes tels que general Ayeke et general Ivo, Field Marshall a récemment réaffirmé sa fidélité au gouvernement intérimaire de l’Ambazonie dirigé par Samuel Sako, depuis l’emprisonnement de Sisiku Ayuk Tabe.

Source: jeuneafrique.com

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