Home Economique Amine Homman Ludiye : « Eneo n’a pas un problème de compétences, mais de trésorerie… »
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Amine Homman Ludiye : « Eneo n’a pas un problème de compétences, mais de trésorerie… »

(Investir au Cameroun) – En moins de dix mois à la tête d’Energy of Cameroon (Eneo), le polytechnicien marocain a, dans un contexte de tension de trésorerie, dû faire face à plusieurs crises : tensions sociales, arrêt des centrales de Globeleq à la suite d’impayés, déséquilibre offre-demande dans le réseau interconnecté sud en raison de l’étiage, cyberattaque… Des événements qui ont encore dégradé la qualité déjà précaire du service de l’électricité au Cameroun, exacerbant les critiques à l’encontre de l’électricien. Pourquoi Eneo éprouve-t-il des difficultés à fournir de l’électricité de manière continue aux Camerounais ? Quelle est aujourd’hui la situation financière de la société ? La filiale d’Actis manipule-t-elle ses comptes au détriment de l’État ? Où en sont les négociations entre l’État et le fonds d’investissement britannique qui a décidé de se retirer de l’entreprise, notamment en raison du déséquilibre financier du secteur ? Dans cette interview, le directeur général d’Eneo répond avec franchise à ces questions et à d’autres.

Investir au Cameroun : Lors d’un conseil d’administration extraordinaire, tenu le 26 juin 2023, vous avez été nommé directeur général d’Eneo. Quelle a été votre réaction ? Avez-vous considéré cette nomination comme un aboutissement ?

Amine Homman Ludiye : Présent dans l’entreprise depuis deux ans en tant que directeur général adjoint en charge de la production, j’avais déjà acquis une certaine connaissance de l’entreprise, des enjeux et priorités. Pour moi, la question n’était pas de savoir si cette nomination était un aboutissement, mais plutôt de voir comment j’allais contribuer au mieux à remplir les missions de service public confiées à Eneo. Je vois donc cette nomination comme une opportunité d’apporter ma pierre à l’édifice en mettant en place des mesures visant à améliorer la qualité de service, une préoccupation majeure tant pour nous que pour les Camerounais.

IC : Vous êtes devenu directeur général d’Eneo dans un contexte de tensions sociales au sein de l’entreprise… Quelle est la situation aujourd’hui ?

AHL : Le climat social est plus serein, les employés sont plus confiants grâce à une réelle prise en compte de leurs préoccupations. Pour arriver à ce résultat, nous avons privilégié le dialogue, l’écoute, l’empathie et la transparence. Je rencontre régulièrement les partenaires sociaux (organisations syndicales et délégués du personnel) pour développer ensemble des solutions qui répondent à des problématiques telles que la formation, gestion des carrières, protection santé, et gestion du GIC-P-Eneo, véhicule des 5% d’actions d’Eneo détenues par les salariés.

Mais, comme je l’ai dit lors de mon installation, il n’y aura pas de plan social. Il y a différentes façons de rationaliser les effectifs comme les départs à la retraite ou les démissions spontanées.

Parallèlement, nous nous attachons à améliorer les conditions de travail. Il est impensable d’exiger d’un employé qu’il se rende au travail chaque matin sans lui fournir un environnement de travail adéquat. À ce jour, certaines de nos agences ne sont pas dignes des conditions dans lesquelles nous devons accueillir nos salariés et nos clients.

IC : Concernant le personnel, il semble y avoir un sureffectif. À titre comparatif, la Compagnie ivoirienne d’électricité emploie environ 1500 agents, tandis qu’Eneo en compte plus du double. Ne faudrait-il pas également aborder cette question pour accroître l’efficacité de l’entreprise ?

AHL : Je doute de la pertinence des comparaisons d’un pays à l’autre, basées uniquement sur les chiffres. Ceci étant, il y a au moins deux phénomènes que l’on peut observer au sujet du personnel. Premièrement, il y a une hypertrophie du siège à Douala, caractérisée par une concentration excessive d’effectifs et de compétences, au détriment de l’efficacité opérationnelle sur le terrain. Deuxièmement, le processus de digitalisation de l’entreprise encourage une rationalisation des effectifs.

1 Eneo

Dès ma nomination, nous avons donc entamé un processus de rationalisation de notre organisation. Ce processus passe par la décentralisation des ressources budgétaires, humaines et logistiques vers les régions, où se déploient les activités principales d’Eneo, afin de leur permettre de répondre immédiatement aux missions qui leur sont confiées. Il est nécessaire de réaffecter le personnel et de lui offrir de nouvelles perspectives d’évolution adaptées aux enjeux actuels et futurs. Le budget de 2024 reflète cette orientation.

Mais, comme je l’ai dit lors de mon installation, il n’y aura pas de plan social. Il y a différentes façons de rationaliser les effectifs comme les départs à la retraite ou les démissions spontanées. Cette approche est non seulement sans douleur, mais également efficace, car elle nous oblige à réfléchir à comment faire mieux avec moins de ressources.

IC : Au cours du premier trimestre 2024, vous avez aussi dû faire face à une cyberattaque qui paralyse jusqu’à ce jour vos systèmes de paiement électronique. À quand le retour total à la normale ?

AHL : Après avoir détecté cette attaque, nous avons d’abord décidé d’isoler totalement notre système informatique pour le préserver. Puis, nous avons évalué les dommages subis et les services affectés soit par l’attaque, soit par le fait qu’on ait isolé le système de l’attaque. Ensuite, nous avons décidé de rétablir prioritairement les plateformes de prépaiement, parce que nous étions à la fin du mois de janvier, période de forte demande en termes d’achat de tokens qui permettent de recharger les compteurs prépayés (près 70 000 à 100 000 transactions s’opèrent à cette période). Ce qui a été fait en 48 heures.

J’ai demandé l’élaboration d’un plan pluriannuel définissant la configuration future et les améliorations nécessaires de nos infrastructures IT. L’objectif est double : nous adapter aux évolutions technologiques et garantir la robustesse de nos équipements, avec des backups.

Pour les paiements de facture à distance, la plateforme EneoPay (application de gestion des paiements à distance des factures d’électricité en mode postpaid, via divers partenaires) a été remise en service ce matin (4 avril 2024), après plusieurs semaines de redéploiement et de tests. Il est déjà possible de payer par MTN Mobile Money, Express Union, Express Exchange, SmobilPay. Orange Money devrait suivre rapidement.  

IC : À combien chiffrez-vous le coût de cette cyberattaque et quelles sont les mesures prises pour renforcer la sécurité de vos systèmes informatiques ? 

AHL : Nous travaillons sur cette question. Mais, il est difficile d’avancer un chiffre à ce stade, puisque les factures payées en février, du fait de cette cyberattaque, ont pu être régularisées en mars. Ce n’est qu’après le bilan de ce mois, actuellement en cours, que nous aurons une idée précise du manque à gagner. Néanmoins, il est évident que nous avons subi des pertes financières, notamment parce que les utilisateurs de compteurs prépayés, dans l’impossibilité de consommer durant cette période, ne réaliseront plus ces consommations. De plus, nous avons renoncé à facturer des pénalités de retard aux clients qui ne pouvaient pas leurs factures à temps durant la même période.

Mais le plus important ce sont les leçons que nous avons tirées ou continuons de tirer. On s’est notamment rendu compte que, malgré les dispositions antérieures prises, nous restions vulnérables. En réponse, nous avons investi beaucoup d’argent dans le renforcement de notre système de sécurité. Aujourd’hui, on a une protection qui est relativement robuste et qui a empêché de nouveaux assauts. Cet investissement dans la sécurisation de nos systèmes informatiques est d’autant plus important qu’Eneo s’oriente de plus en plus vers la digitalisation. C’est pourquoi j’ai demandé l’élaboration d’un plan pluriannuel définissant la configuration future et les améliorations nécessaires de nos infrastructures IT. L’objectif est double : nous adapter aux évolutions technologiques et garantir la robustesse de nos équipements, avec des backups.

1 procedure

En outre, il est impératif de réévaluer les procédures d’accès de nos partenaires extérieurs à notre réseau. Ces actions sont en cours pour prévenir toute récidive et, plus important encore, pour renforcer notre système.

IC : Vous n’avez pas mentionné l’investissement dans le capital humain. Il nous a été rapporté que, malgré le processus de digitalisation entrepris par Eneo, l’entreprise a vu partir des employés clés du département informatique, certains ayant notamment choisi de s’expatrier au Canada…

AHL : Il est impossible d’interdire à quiconque de partir pour le Canada ou tout autre pays. Mais il faut que ce soit des choix volontaires et faits de manière positive plutôt que par manque d’opportunités d’évolution et de développement personnel ici. C’est sur cet aspect que nous travaillons. Notre objectif est d’attirer et de retenir les talents.

IC : Vous l’avez probablement remarqué. Les Camerounais peinent à saisir pourquoi la fourniture régulière d’électricité reste un défi, en dépit des investissements conséquents de ces dernières années, notamment dans les infrastructures de production telles que les barrages de Lom Pangar, Memve’ele, Mekin. Que pouvez-vous leur répondre ?

AHL : On ne peut pas reprocher aux clients de ressentir une certaine frustration, étant donné que le problème est réel. Pour en saisir toute sa complexité, il est essentiel de se rappeler que le secteur de l’électricité repose sur une chaîne intégrée d’acteurs interdépendants. Pour fournir l’électricité aux consommateurs, il faut la produire, la transporter et la distribuer. Eneo est chargée de la distribution et assure environ 65% de la production de l’énergie consommée au Cameroun. Le complément provient de producteurs indépendants tels que Globeleq, Aggreko, Scatec, EDC, tandis que Sonatrel est responsable du transport.

Eneo dépasse actuellement, pour l’essentiel, les objectifs fixés par le régulateur en termes de disponibilité des grandes centrales, fiabilité des grandes lignes, réduction de la durée et de la fréquence des interruptions d’électricité.

L’interruption de la fourniture de l’électricité peut résulter de problèmes liés à la production, au transport, ou à la distribution. Ceci peut être dû à des pannes techniques, un déséquilibre entre l’offre et la demande, fréquent en période de sécheresse (ce qui nécessite le délestage de certains clients pour maintenir l’équilibre et éviter l’effondrement du réseau), ou encore à des congestions dans le réseau de transport, lorsque les équipements ne peuvent supporter la charge demandée (situation qui peut également conduire au délestage, même en présence de capacités de production suffisantes).

Pour réduire ces désagréments, une amélioration continue de la qualité des infrastructures est nécessaire. Avec les investissements que vous avez listés, le facteur limitant n’est plus tant la production, mais le transport et la distribution, secteurs qui requièrent des investissements conséquents. C’est l’objectif du plan de redressement du secteur initié par le gouvernement, avec le soutien de partenaires financiers internationaux tels que la Banque mondiale. Il convient néanmoins de souligner qu’Eneo dépasse actuellement, pour l’essentiel, les objectifs fixés par le régulateur en termes de disponibilité des grandes centrales, fiabilité des grandes lignes, réduction de la durée et de la fréquence des interruptions d’électricité.

IC : À l’instar de vos prédécesseurs, vous êtes également confrontés au déséquilibre financier du secteur, reflété par la situation financière précaire d’Eneo. À la fin de l’année 2022, son déficit de trésorerie d’Eneo a atteint 113 milliards de FCFA, son ratio de fonds propres sur total du bilan a reculé à 7,4 %, et sa dette s’élevait à 700 milliards de FCFA, la moitié étant due aux fournisseurs. Qu’en est-il de la situation actuelle ?

AHL : La situation s’est empirée. La dette des entités publiques envers Eneo a presque doublé, passant de 167 milliards au 31 décembre 2022 à 266 milliards de FCFA au 31 décembre 2023. Ainsi, le problème ne réside pas dans les compétences d’Eneo. L’entreprise sait produire, distribuer et commercialiser de l’électricité. Elle a parmi les meilleurs techniciens du pays, voire au-delà.  

De plus, Eneo ne fait pas face à un déclin de son marché. Chaque année, nous produisons, commercialisons et distribuons plus d’électricité que l’année précédente. Les perspectives de croissance sont significatives. D’après les dernières données de la Banque mondiale, le taux d’électrification au Cameroun est de 67%, laissant ainsi 33% du marché encore à explorer. Il est rare pour une entreprise de savoir qu’elle dispose d’une opportunité de développement assurée de 33%, qu’elle pourrait capturer si elles en avaient les moyens. Par ailleurs, Eneo, sur le plan structurel, n’est pas déficitaire. Ses bilans comptables montrent des résultats positifs.

Nous émettons pour environ 7 milliards de FCFA de factures mensuelles à l’égard des entités publiques (administrations, entreprises publiques, hôpitaux, universités…), mais depuis le début de cette année, nos recouvrements se sont limités à 1,5 milliard de FCFA en janvier et à 1,8 milliard en février.

Cependant, Eneo fait face à des difficultés de trésorerie intenables pour toute entreprise. En effet, nos principaux clients, majoritairement des entités publiques, ne règlent pas de façon diligente leurs factures pour les services fournis. Qui plus est, les retards de paiements poussent l’entreprise à recourir régulièrement aux banques pour soutenir l’exploitation. Le loyer de l’argent creuse le déficit de trésorerie. Par conséquent, nous sommes incapables de régler nos fournisseurs comme il se doit. Cette situation n’est plus supportable, et il est impératif de prendre des mesures visant à rétablir l’équilibre financier dans le secteur de l’électricité, afin qu’il puisse fonctionner correctement et se développer. Car, en définitive, l’enjeu reste la qualité du service électrique au Cameroun.

IC : Selon nos informations, lors de l’adoption du budget 2024, le conseil d’administration a adopté une posture prudente. Est-ce qu’on peut comprendre pourquoi ?

AHL : Face à la conjoncture actuelle, la prudence est de mise. J’ai soumis au conseil d’administration trois perspectives : un scénario pessimiste, un scénario de référence et un scénario optimiste ; tous fondés sur la capacité d’Eneo à recouvrer ses factures. Actuellement, notre situation se rapproche davantage du scénario pessimiste que du cas de base, en raison de la dégradation poussée de notre situation financière.

Nous émettons pour environ 7 milliards de FCFA de factures mensuelles à l’égard des entités publiques (administrations, entreprises publiques, hôpitaux, universités…), mais depuis le début de cette année, nos recouvrements se sont limités à 1,5 milliard de FCFA en janvier et à 1,8 milliard en février. Le versement hebdomadaire d’un milliard de FCFA, en guise de paiement partiel des factures de l’État central sur lequel les parties s’étaient accordées pour alléger la facture, n’a été effectué qu’une seule fois durant les mois de janvier et février 20244. Et aucun règlement n’a été effectué pour les ordres de virement en instance, qui s’élèvent à 2,9 milliards de FCFA…

Ces difficultés de trésorerie entraînent, par exemple, que le remplacement ou l’entretien nécessaire de certains câbles souterrains ne soit pas effectué adéquatement. Voilà le tableau. Les mesures prises par l’État demeurent insuffisantes.

IC : Cette situation s’ajoute à la dette de 266 milliards de FCFA que vous revendiquez auprès de l’État au 31 décembre 2023. Cette créance est toujours en attente de validation, depuis 2020 pour une certaine partie. Pourquoi cette validation prend-elle autant de temps ?

AHL : Nous nous fournissons les informations et les justificatifs nécessaires. Ensuite, la validation se fait notamment au niveau du régulateur. D’ailleurs, sur ce sujet, nous avons lu des choses ici et là (Eneo est souvent accusée de maquiller ses comptes pour spolier l’État, NDLR). Ce que nous souhaitons souligner, c’est notre engagement envers une gestion orthodoxe. Eneo est une entreprise régulée, dotée d’une gouvernance solide, et dont les comptes sont audités par deux commissaires aux comptes : l’un désigné par Actis, l’autre par l’État. Et les comptes de l’année 2022 ont été certifiés sans la moindre observation.

1 fcfa

Il est également important de noter que même les montants validés ne sont pas nécessairement versés immédiatement. Pour l’année 2024, dans le cadre de la compensation tarifaire, le régulateur a approuvé un paiement de 44 milliards de FCFA à Eneo. Nous sommes déjà en avril, et nous n’avons encore reçu aucun paiement.

IC : Justement, afin de dégager de la trésorerie pour l’orienter vers les fournisseurs et les sous-traitants, vous préparez en ce moment, avec Société Générale Cameroun, une opération de reprofilage de la dette financière d’Eneo. Où en êtes-vous avec cette opération qui vise à repousser de 18 voire 24 mois le remboursement d’une dette d’environ 150 milliards FCFA ?

AHL : Les discussions entre Eneo et ses partenaires financiers sont en cours. J’espère que nous parviendrons à une conclusion dans les semaines à venir, compte tenu de l’urgence de la situation. En effet, cette opération fait partie des solutions palliatives. Nous ne serions pas obligés de recourir à des reprofilages ou à l’endettement si nous avions la trésorerie nécessaire pour financer notre cycle d’exploitation.

IC : Et pourquoi sollicitez-vous un moratoire qui ne dépasse pas 24 mois ? Est-ce à dire que votre situation financière pourrait s’améliorer à court terme ?

AHL : Plus tôt, je mentionnais que le gouvernement avait engagé la mise en œuvre d’un certain nombre de mesures, notamment l’activation du plan de redressement du secteur. Ce plan prévoit des investissements sur le réseau de transport et de distribution, l’installation de compteurs intelligents et prépayés, une analyse des tarifs de l’électricité pour essayer de refléter au mieux la vérité des prix et de réduire la charge financière significative pour l’État, qui doit supporter la compensation tarifaire.

Eneo commercialise actuellement le kilowattheure d’électricité à un prix moyen de 80,6 FCFA, tandis que le coût moyen de production, de transport, de distribution, et de commercialisation s’élève à un peu plus de 106 FCFA.

Nous pensons que dans les deux prochaines années, les effets bénéfiques de ces mesures commenceront à se faire sentir. Avoir une période de grâce de 18 à 24 mois, permet d’attendre que ces effets bénéfiques se manifestent.  

IC : De quel ordre devrait-on augmenter les prix pour se rapprocher des coûts réels ?

AHL : En général, au Cameroun, les tarifs de l’électricité sont restés stables depuis 2012, à l’exception des clients industriels dont les prix ont commencé à être ajustés l’année dernière. Pour mettre les choses en perspective, Eneo commercialise actuellement le kilowattheure d’électricité à un prix moyen de 80,6 FCFA, tandis que le coût moyen de production, de transport, de distribution, et de commercialisation s’élève à un peu plus de 106 FCFA. Cette différence est couverte par une compensation tarifaire prise en charge par l’État. Un des pans importants de la dette envers Eneo.

La question des tarifs de l’électricité soulève donc deux interrogations fondamentales : Dans un contexte de hausse généralisée des prix, est-il logique que le tarif de l’électricité reste inchangé depuis 12 ans ? Est-il raisonnable que l’État supporte une telle charge financière, alors que ses ressources sont également sollicitées pour d’autres priorités budgétaires ? Cette réflexion prend toute son importance quand on sait que la qualité actuelle des services est inférieure aux attentes, principalement en raison du manque de ressources financières du secteur électrique.

Maintenant, comment cette augmentation des tarifs devrait-elle se décliner ? Cela ne relève pas de la responsabilité Eneo. Comme vous le savez, c’est le gouvernement camerounais, à travers le régulateur, qui fixe les prix de vente du kilowattheure. Eneo s’oblige à appliquer les tarifs fixés.

IC : Pour financer les investissements, le conseil d’administration vous a recommandé de privilégier les institutions financières multilatérales qui offrent de meilleures conditions d’emprunts. Mais on sait que vos prédécesseurs ont par exemple échoué à obtenir un prêt de la Société financière internationale (SFI). Qu’est-ce qui fait problème ? Et quelle est votre stratégie pour rétablir la confiance ?

AHL : La confiance qu’Eneo inspire aux institutions financières ne dépend pas seulement d’Eneo, mais aussi de la confiance que ces institutions placent dans le secteur de l’électricité dans son ensemble. Les initiatives en cours, les perspectives et la prise de conscience sur divers enjeux renforcent cette confiance, facilitant ainsi l’accès au financement. Les discussions actuelles avec nos partenaires financiers se concentrent sur cette dynamique.

Maintenant, le déficit chronique de trésorerie dans le secteur, a-t-il influencé la décision d’Actis ? Je pense que oui. Est-ce que si tout avait été parfait, le fonds aurait pris la décision de sortir ? Je ne saurais le dire.

La situation n’est pas aisée, car il faut analyser méticuleusement divers indicateurs pour confirmer cette confiance. Cependant, ce qui a été valable dans le passé ne le sera pas nécessairement à l’avenir. Bien qu’il demeure indéniable que la situation reste complexe.

IC : Il est de notoriété publique que les opérations d’achat et de vente d’actions constituent une composante essentielle du modèle économique d’Actis. Cependant, nos sources suggèrent que l’intensification du déséquilibre financier du secteur de l’électricité aurait accéléré le retrait d’Actis du capital d’Eneo. Ayant représenté Actis au conseil d’administration avant d’assumer le rôle de directeur général, pourriez-vous nous éclairer sur les motifs qui ont conduit Actis à se désengager avant la fin de sa concession, qui coure jusqu’en 2031 ?

AHL : Ce que je peux dire est qu’Actis a considéré qu’il était temps de finaliser son investissement intervenu il y a dix ans maintenant. Il faut savoir que la vocation d’un fonds d’investissement n’est pas de demeurer à vie au sein d’une entreprise. Quand un fonds d’investissement entre dans le capital d’une société, son objectif est d’accompagner son développement, ensuite de céder ses actions en espérant dégager une plus-value.

Maintenant, le déficit chronique de trésorerie dans le secteur, a-t-il influencé la décision d’Actis ? Je pense que oui. Est-ce que si tout avait été parfait, le fonds aurait pris la décision de sortir ? Je ne saurais le dire. Toutefois, il n’est pas incongru qu’Actis décide de se désengager d’Eneo après une décennie. Car pour un fonds d’investissement, une maturité de dix ans est déjà longue.

IC : Cependant, certains estiment qu’Actis avait entamé la valorisation de son investissement en cédant ses participations dans les centrales de Dibamba et de Kribi…

AHL : Comme vous pouvez l’imaginer, je ne dispose pas d’informations pour répondre à cette question. En effet, je n’étais pas présent à l’époque des faits. De plus, Actis ne partage pas ce type d’informations avec le directeur général d’Eneo. Il est important de souligner que le directeur général d’Eneo, désigné par le conseil d’administration, a vocation à défendre et promouvoir les intérêts de l’entreprise, de ses clients et de ses actionnaires. À cet égard, je sers les deux actionnaires principaux qui sont l’État du Cameroun et Actis.

IC : Selon nos informations, Actis envisage de se retirer d’ici mi-2024. Au vu du rythme actuel des négociations, cette échéance est-elle réaliste ?

AHL : Actis a exprimé le désir de vendre ses parts, l’État du Cameroun a accepté de les acheter et les discussions sont en cours. Il est à noter que l’État et Actis ont chacun sollicité les services d’un cabinet de conseil afin d’évaluer l’entreprise. Ce travail est désormais achevé. Aujourd’hui, les partis discutent de l’estimation financière des actions de l’entreprise. Des réunions se sont tenues il y a quelques semaines, et d’autres sont prévues. Mais je ne saurais vous dire combien de temps le processus prendra. La volonté commune des partis est néanmoins d’avancer rapidement.   

Interview réalisée par Aboudi Ottou

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