Partagez avec vos amis

Chars, lance-roquettes, blindés et autres matériels déployés autrefois pour combattre Boko Haram disparaissent peu à peu de la vue des populations. Pour l’armée, la raison en est simple : le groupe terroriste est militairement défait.

Pourtant, s’il est vrai que sa force de frappe a été considérablement réduite, il n’en reste pas moins que Boko Haram est toujours aux aguets. Ces trois derniers mois, le groupe terroriste a mené des attaques quasi quotidiennes dans le département du Mayo-Sava, replongeant les populations dans la terreur. Des localités jusqu’ici épargnées ont été attaquées. Votre journal fait un zoom sur cette hydre aux multiples facettes.

Depuis trois mois département du Mayo-Sava dans la région de l’Extrême-Nord est redevenu à nouveau l‘épicentre des exactions de Boko Haram. Frontalier au Nigeria, nombre des localités de cette unité administrative sont quotidiennement attaquées par le groupe terroriste. Pas moins de quatre attaques sont enregistrées par semaine. Les assaillants viennent tuer, piller des maisons, des boutiques et emporter des denrées alimentaires et effets vestimentaires.

Deux arrondissements payent particulièrement un lourd tribut à la barbarie des djihadistes Kolofata et Mora. Si par le passé, les assauts de Boko Haram se limitent aux villages situés à la lisière du Nigeria, ceux-ci se rapprochent de plus en plus désormais de Mora, chef-lieu du département de Mayo-Sava.
L’attaque spectaculaire de Kourgui, bourgade située à seulement 5 km de Mora et à une vingtaine de kilomètres de la frontière, dans la nuit du 15 au 16 novembre 2019, en est la parfaite illustration. Venus en trois groupes, les terroristes n’ont pas eu un grand mal à s’assurer du contrôle du village et à agir à leur aise d’autant plus que la réaction de l’armée aura été d’une surprenante lenteur. 5 motos, des effets vestimentaires et des denrées alimentaires ont été emportés.

Dans leur retraite, les terroristes seront harcelés par des membres des comités de vigilance de Kourgui sous la conduite de leur président, Beikalé Wagabé. A quelques encablures du village, ceux-ci ont découvert deux terroristes qui dormaient. Interpellés, ils ont été remis à des éléments du Bataillon d’Intervention Rapide. «Ils sont arrivés à pied au village et se sont aussitôt scindés en deux groupes. L’un s’est occupé de ramasser le butin et l’autre, constitué d’hommes armés, d’assurer la sécurité. Parmi eux, il y avait des enfants de moins de 15 ans», témoigne Beikalé Wagabé.

Aussi, à leur arrivée, les terroristes ont kidnappé un jeune enfant du nom d’Oussmanou Abba, âgé de 14 ans et élève en classe de 3e année au Cetic de Mora, pour leur servir de guide. «Ils m’ont surpris à la maison. Je m’étais réveillé vers 23h30 pour terminer mes devoirs à remettre le lendemain à l’école. Ils m’ont d’abord parlé en Kanuri, puis constatant que je ne comprenais pas cette langue, ils m’ont parlé en Mandara. Ils m’ont demandé la position de l’armée et ont menacé de me tuer si je ne leur donnais pas les renseignements attendus. J’ai profité de l’arrivée des comités de vigilance pour m’échapper. Je suis allé me cacher derrière le bureau de la Sodecoton», raconte le jeune garçon qui vit chez son oncle. Traumatisé par cette expérience, l’élève doit en plus affronter la perte de sa classe et de ses fournitures scolaires emportés par les terroristes.

Boko Haram, les affres de la guerre à Mayo-Sava

A Kourgui, les populations sont remontées contre l’armée. Selon le président des comités de vigilance de cette bourgade, il avait été prévenu par l’armée de l’attaque des terroristes. «Les militaires étaient certainement au courant de cette attaque parce qu’ils m’ont demandé de rester en alerte avec mon équipe.

Je me demande alors pourquoi disposant de ces renseignements, ils n’ont pas renforcé le dispositif sécuritaire. Les terroristes sont arrivés, ont attaqué, pillé et sont repartis sans rencontrer de véritable opposition», regrette Beikalé Wagabé. D’après lui, si l’attaque de Kourgui a été rendue possible, c’est parce que le poste militaire de Goumbouldi qui servait de verrou à Kourgui, a été démonté le 02 novembre 2019 pour des raisons que seule connaît l’armée. Conséquence, le village s’est vidé de ses habitants et sert de refuge à des combattants de Boko Haram. Les terroristes n’ont plus d’obstacles majeurs sur leur chemin pour progresser vers l’intérieur du territoire national.

C’est ainsi qu’ils ont parcouru à pied 21 kilomètres, de la frontière nigériane jusqu’à Kourgui sans rencontrer l’armée. «Avant, il y avait un poste militaire ici à Kourgui centre. Il était logé dans le poste de douane. Lorsque la situation sécuritaire est devenue un peu calme, la douane a demandé à revenir. Les militaires ont quitté Kourgui il y a plus de six mois et les douaniers sont revenus s’installer dans leur bureau. S’ils avaient été là, Boko Haram ne serait pas venu», explique un habitant de Kourqui.

Florent Ribouem à Moungam, préfet du département du Mayo-Sava, rassure sur le renforcement du dispositif sécuritaire au lendemain de l’attaque de Kourgui. «Nous avons pris des mesures urgentes, Nous avons demandé aux soldats de rester sur place à Kourgui pour assurer la sécurité de la population. Ces mesures ne visent pas seulement Kourgui, mais aussi d’autres localités», indique l’autorité administrative.

Ces mesures sont-elles de nature à rassurer la population ? Manifestement pas. Se sentant en insécurité, une partie de la population quitte Kourgui tous les soirs aux environs de 18h pour aller dormir à Mora et revenir le lendemain matin. «Y a deux mouvements qui se produisent tous les soirs. Certains habitants de Kourgui partent dormir à lMora, tandis que les habi- tants des villages environnants tels que Pivou, Tala Massama, Tala Kolé, viennent dormir à Kourgui- Centre», explique Beikalé Wagabe.

La terreur s’est installée également à Makoulahé, petite bourgade située à moins de 10 km de Mora. La veille de l’attaque de Kourqui, elle a été prise pour cible par les terroristes qui ont ainsi brisé le signe indien car jusque-là, cette localité était l’une des rares de l’arrondissement de Mora qui n’a jamais été attaquée par Boko Haram.

L’incursion terroriste a fait un mort, deux blessés et des dégâts matériels importants. Surtout, elle a semé un sentiment de peur dans la population. Depuis, les populations de Makoulahé ont rejoint celles de Kourgui, Gansé, Gouzoudou, Sanda Waziri, Kolofata et plusieurs autres localités dans la tourmente de la terreur.

source https://www.cameroonweb.com/CameroonHomePage/NewsArchive/Enqu-te-Boko-Haram-les-affres-de-la-guerre-Mayo-Sava-477188

Téléchargez notre application Android
Partagez avec vos amis

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here