Démission-prison-deal : Maurice Kamto à la croisée des chemins (Jeune Afrique)

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Même si ses dirigeants refusent de l’admettre, le MRC traverse une période difficile avec plusieurs de ses membres influents arrêtés et démissionnaires. Maurice Kamto, qui a été critiqué pour avoir boycotté les élections locales et législatives du 9 février 2020, n’a pas encore pris de nouvelles décisions pour préciser la procédure à suivre par Jeune Afrique.

Maurice Kamto, qui a été assigné à résidence pendant près de trois mois, doit maintenant reprendre le contrôle et décider de la stratégie de son parti. Sans jouer ses décisions contre des militants encore incarcérés.

Ce mardi 15 décembre, le siège du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) à Odza dans la banlieue de Yaoundé est témoin d’une animation que les habitants n’avaient pas vue depuis près de trois mois. Et pour cause: pour la première fois depuis la levée du système de sécurité que Maurice Kamto a gardé dans sa maison du 21 septembre au 11 décembre, les membres de la direction du parti se sont réunis en conclave.

Maurice Kamto, 66 ans, a les cheveux gris mais n’a rien perdu de sa vitalité et continue pendant plus de 5 heures sans pause. Il s’agissait d’une réunion stratégique, selon les participants, visant à « définir les prochaines étapes à franchir par le parti » après les avoir réprimées.

La MRC prévoit une tournée nationale qui débutera avant la fin de 2020. Objectif: mobiliser les militants et les préparer à une opération de renouvellement des bureaux locaux du parti. Cette campagne devrait s’étendre sur le premier trimestre 2021. L’ancien candidat à la présidence le sait: la vie politique au Cameroun ne s’est pas arrêtée lorsqu’il a été assigné à résidence en septembre, et il est temps de resserrer les rangs.

Démission tonitruante

Parallèlement, une centaine de ses militants – dont deux membres clés de son garde du corps, à savoir son porte-parole Olivier Bibou Nissack et le trésorier du MRC, Alain Fogue – ont été arrêtés. Yaoundé a organisé les premières élections régionales du pays le 6 décembre, qui ont confirmé l’omnipotence de l’Assemblée démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir). Le MRC a enregistré une démission tonitruante, celle de son secrétaire national aux droits de l’homme, Célestin Djamen.

C’est ce dernier épisode qui est le plus inquiétant à la MRC. Si ce départ n’est pas une surprise, après que Célestin Djamen a multiplié les signes de son retrait avant de finalement claquer la porte, les dirigeants du parti sont convaincus de l’existence d’une stratégie de «corruption à grande échelle». Les militants ont promis des positions ou de l’argent pour «affaiblir, voire détruire» le MRC de l’intérieur.

Le MRC n’a pour l’heure fourni aucune preuve de ces allégations mais, dans la capitale camerounaise, les rumeurs d’un remaniement ministériel imminent ouvrent la porte à toutes les spéculations. D’autant que Celestin Djamen, jadis farouche opposant à Paul Biya, a affirmé au cours d’une interview accordée à la chaine Vision 4 qu’il ne dirait « pas non si la patrie lui tendait la main ».

LA STRATÉGIE DU MRC SEMBLE CONNAITRE UN ESSOUFFLEMENT »

À cinq ans des prochaines échéances prévues par le calendrier électoral, Maurice Kamto est à la croisée des chemins. « Outre les menaces d’implosion, le MRC fait face à la nécessité de demeurer un acteur majeur du champ politique camerounais tout en étant en dehors des institutions puisqu’il a boycotté les législatives de février dernier, glisse un analyste politique. Les manifestations organisées jusque-là ont réussi à maintenir le parti au centre du jeu, mais la stratégie semble connaître un essoufflement. »
Trouble-fêtes

« Le régime prétend que le peuple camerounais a refusé de nous suivre et sortir dans la rue, le 22 septembre [journée de mobilisation organisée par l’opposition]. Pourtant, jamais autant de manifestants n’avaient été interpelés en une journée. Ont-ils arrêté des fantômes ?, interroge un proche de Kamto. Il était évident que cette marche pacifique ne suffirait pas à faire partir le président Paul Biya, mais la réaction disproportionnée des autorités, qui ont déployé un dispositif sécuritaire inédit, a montré au peuple que c’est lui qui détient le vrai pouvoir. La fébrilité a changé de camp. »

LE MRC S’EN TIENDRA-T-IL DÉSORMAIS À UNE LIGNE POLITIQUE MOINS DURE ?

L’organisation de nouvelles manifestations ne devrait toutefois pas figurer dans l’agenda du MRC, ou du moins pas dans l’immédiat, le parti craignant que cela ne joue en la défaveur des militants incarcérés. Dans un communiqué rendu public le 8 décembre dernier, René Sadi, le ministre de la Communication, affirmait en effet que les « personnes arrêtées dans le cadre du mouvement insurrectionnel du 22 septembre [seraient] relâchées au fur et à mesure […] en considération de la menace qu’ils représentent pour la société ».

Une appréciation qui ne répond à aucun critère précis ni légal et dont le but est surtout de rappeler à l’opposition qui tient les rênes du pays.
Le MRC va-t-il être contraint d’assouplir sa ligne ? « En politique, rien n’est figé », a déjà fait savoir Kamto, qui devrait donner le cap dans un « discours à la nation », prévu le 31 décembre prochain.

Après les régionales, Yaoundé espère une décrispation de la sphère politique pour que 2021 marque le véritable début du septennat du Paul Biya, jusque là parasité par les revendications de Maurice Kamto et par la crise anglophone. Mais s’il veut conserver son statut de premier parti d’opposition, acquis à l’issue de la dernière présidentielle, le MRC semble condamné à jouer les trouble-fêtes.

REF: www.camerounweb.com

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