Pendant que tout le corps électoral attend sereinement la proclamation des résultats du scrutin de dimanche dernier, le professeur de droit Maurice Kamto décide de s’introniser président de la République.

Au grand mépris des prérogatives du Conseil constitutionnel, des rappels de la loi par le ministre de l’Administration territoriale et des avertissements du porte-parole du gouvernement. La classe politique, vent debout, condamne.

La conférence de presse a été convoquée lundi dernier pour 10h30 au siège du mrc, le parti du Pr maurice Kamto. La presse a dû patienter jusqu’à 15h pour connaître l’objet de l’invitation. Il faut vraiment que le sujet soit important pour justifier un tel retard à l’allumage. Important, l’objet de la convocation l’est manifestement. Les journalistes vont s’en rendre compte rapidement. Encadrés de ses soutiens dont Penda Ekoka, maurice Kamto qui vient de rentrer dans la salle se tient debout devant l’assistance. Il a l’air grave. Il se confond d’abord en excuses pour son retard auprès de la centaine d’hommes et de femmes des media qui poireautent ici depuis le matin. Puis l’homme politique rentre dans le vif du sujet. En fait de conférence de presse, il s’agit plutôt de la lecture d’une déclaration. Une fois le peuple camerounais remercié pour sa «maturité» et sa «sagesse», le candidat du MRC enchaîne:

«J’ai reçu mission de tirer le pénalty historique. Je l’ai tiré. Le but a été marqué. Je prends à témoin l’opinion nationale et internationale au sujet de l’évènement historique qui a rendu possible dans notre pays une alternance démocratique». Comme ce n’était pas assez limpide, maurice Kamto sort de l’allégorie du football, afin que nul n’ignore rien de ses intentions: «J’ai reçu du peuple camerounais un mandat clair que j’entends défendre fermement jusqu’au bout. J’invite le président de la République sortant à organiser les conditions d’une transmission pacifique du pouvoir, afin de mettre le Cameroun à l’abri d’une crise post-électorale dont notre pays n’a nullement besoin car elle compromettrait son avenir». Sans aucun chiffre, ni le moindre pourcentage, le leader du mrc vient de s’approprier la victoire à l’issue du scrutin présidentiel du 7 octobre. En totale violation des dispositions de la loi électorale qui réserve la proclamation des résultats de l’élection présidentielle au Conseil constitutionnel. Ses soutiens n’en ont cure. Leurs cris de joie et des «Kaamto, président, Kaamto, président» éclatent dans la salle. Pour mieux se glisser dans le manteau de président, maurice Kamto ouvre les bras dans la suite de son texte aux autorités administratives, aux forces de défense et de sécurité, aux jeunes, et aux ressortissants des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, etc. Le candidat-président ressort aussitôt de son Qg, toujours flanqué de ses partisans, sans prendre la moindre question.

Comme Fru Ndi en 1992

C’est un véritable coup de tonnerre dans un ciel clair. La nouvelle se répand aussitôt partout. En ce lundi où les activités reprennent timidement après deux semaines de joutes électorales, personne n’a vu venir. Ou plutôt si ! Dans sa réaction à chaud sur une chaîne occidentale, le ministre
de la Communication Issa Tchiroma Bakary rappelle que deux jours avant le scrutin du 7 octobre, le directeur de campagne du candidat Kamto a déclaré que le camp de ce dernier n’accepterait pas le résultat de l’élection si celui-ci ne lui était pas favorable. Il avait d’ailleurs demandé à leurs partisans de se tenir prêts à défendre leur victoire. Pour le porte-parole du gouvernement donc, aucune surprise.

La déclaration du directeur de campagne Paul Eric Kingué vendredi devant la presse préparait déjà le terrain à la sortie de maurice Kamto de ce lundi après-midi. Et Issa Tchiroma de rappeler la loi: c’est la Cour constitutionnelle et elle seulement qui est habilitée à proclamer les résultats de l’élection présidentielle dans un délai de 15 jours. Dans la soirée, c’est le Rdpc qui prend le relais. Devant la presse convoquée à l’hôtel hilton de Yaoundé, le Secrétaire général du Comité central du parti au pouvoir n’a pas la dent assez dure. Pour Jean Nkueté, la déclaration de Kamto est «irresponsable, séditieuse et sans fondement». Pour lui, cette sortie n’est que de l’ «immaturité et de l’inconstance politique». Il appelle alors «à la plus grande vigilance pour barrer la route à ces manœuvres de déstabilisation». Le tir de barrage du gouvernement au hilton va se poursuivre avec Issa Tchiroma Bakary. Pour sa deuxième prise de parole depuis l’après-midi, le ministre de la Communication déclare que maurice Kamto «s’est mis en marge des institutions, et du coup mis en cause notre stabilité… Aucun individu ne doit se substituer à la loi. La loi reste la loi». Paul Atanga Nji ferme le bal des réactions du gouvernement de ce lundi soir. Interrogé par une télévision occidentale sur la volonté affirmée de Kamto de «défendre fermement (son mandat) jusqu’au bout».

«ALLER JUSQU’AU BOUT ? IL NE POURRA PAS. PARCE QU’ON NE LUI DONNERA MÊME PAS L’OCCASION DE COMMENCER». PAUL ATANGA NJI

Dans son cavalier seul, maurice Kamto n’est pas suivi par les autres candidats. Garga haman Adji de l’Add par exemple a ce discours à la limite goguenard: «Il y a des gens qui sont tellement pressés de devenir président de la République ! Ils prennent alors les devants et se proclament président. Nous devons prêcher par l’exemple. La politique est un jeu. On n’engage le jeu qu’au coup de sifflet de l’arbitre. Le Conseil constitutionnel est seul habilité à proclamer les résultats. Ceux qui sont pressés d’entrer au Palais de l’Unité doivent attendre. Quand on se présente à l’élection présidentielle, il faut être sérieux». Pour le candidat Joshua Osih du Sdf, «Il faut rester légaliste, il faut respecter la loi.

S’approprier la victoire avant l’heure, c’est regrettable. Et ça risque de compromettre nos chances pour une réelle alternance». Joshua Osih sait de quoi il parle lorsqu’il condamne durement ainsi l’aventure foireuse de Kamto. C’est en effet son mentor John Fru Ndi qui inaugura en octobre 1992 la revendication précoce de la victoire à une élection présidentielle. Face à l’élection finale de Paul Biya, l’affaire entra dans l’histoire du Sdf sous l’appellation de «victoire volée». maurice Kamto aurait voulu reprendre ce triste épisode à son compte qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Face au tollé de la classe politique, avec en bonne place les autres candidats à la présidentielle, le président du mrc va-t-il poursuivre son va-tout ? Que n’a-t-il attendu calmement le verdict de la Cour constitutionnelle s’il est si sûr de lui ? Que cache cet empressement à s’afficher comme vainqueur ?

Pourquoi son auto-proclamation ne cite-t-elle aucun chiffre, pas même celui de la participation, aucun pourcentage ? Pourquoi ne brandit-il pas les procès-verbaux reçus par lui des presque 25.000 bureaux de vote de la République ? moins de 24h après la clôture du scrutin, qu’est-ce qui a constitué la base de sa certitude alors qu’Elecam elle-même était encore en cours de collecte ? Que fera-t-il si le 22 octobre le vent lui est défavorable ? Avec son intronisation, prépare-t-il l’opinion pour l’acte II du scenario ? C’est comme si le gouvernement se doutait d’ailleurs de ce coup de force. Après la fermeture des bureaux de vote le 7 octobre, Paul Atanga Nji dans son allocution d’après-scrutin, mettait solennellement en garde quiconque s’aventurerait à proclamer les résultats de l’élection. Prémonition ? Il rappelait à cette occasion que cette charge revenait au Conseil constitutionnel. moins de 24h après, maurice Kamto était pris la main dans le pot de confiture.

Columnist: 237online.com

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