Cameroun – Médias privés : sans abri, les journalistes peinent à se faire soigner

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Ne pouvant épargner sur leurs maigres revenus (s’ils existent), ils sont exclus du régime universel d’assurance et de la couverture sociale et sanitaire.

Si Alain Njipou est encore en vie, c’est par la providence. « Dans un environnement austère comme le nôtre, ma vie est un miracle. Je vis chaque jour grâce à la puissance du Seigneur », déclare l’ancien rédacteur en chef du quotidien privé Le Messager, qui paraît depuis Douala, au Cameroun, où vit le journaliste. Notre confrère n’épargne aucun mot pour exprimer sa gratitude à tous ceux pour qui il vit. Que ce soit des personnes physiques comme son frère aîné, ou certaines personnes morales qui, chacune à leur manière, l’ont aidé à vivre et à faire connaissance avec son insuffisance rénale. Sa maladie a été diagnostiquée en novembre 2014. De retour à Douala, après un séjour dans l’ouest du pays, où il a participé à l’organisation d’une manifestation culturelle, le journaliste s’est précipité à l’hôpital Cité des Palmiers puis à l’hôpital général de Douala. après une maladie persistante.

Dans chacune de ces formations sanitaires publiques, sa tension artérielle est jugée trop élevée et son insuffisance rénale confirmée. « Une toux sèche, accompagnée de sang, m’avait poussé à aller consulter », se souvient-il. Depuis, le journaliste doit mobiliser entre 450 000 et 500 000 francs CFA par mois pour assurer ses soins médicaux. Cette somme colossale comprend les frais de dialyse dont les deux séances hebdomadaires lui coûtent dix mille francs CFA. Un prix subventionné par le gouvernement camerounais. En plus de cette dépense, le patient est tenu d’acheter en permanence le « Renagel » pour éviter les éventuels effets secondaires pouvant survenir après les repas, ainsi que le « Néo Recormon » qui se vend 80 000F et s’injecte au coût de 10 000F . Renagel » coûte 200 000 francs CFA.

Par quelle alchimie ce journaliste, qui s’est constitué sans rémunération pendant des années, parvient-il à résoudre une telle accusation ? Et qui plus est, dans un contexte où les professionnels de la presse privée ne bénéficient d’aucune couverture sociale et sanitaire, voire d’aucune assurance ? Ces questions laissent Alain Njipou perplexe, et il fait à nouveau confiance à la providence. Son ancien collègue Édouard Kingue est dans le même bateau : pas d’assurance et pas de sécurité sociale. Quand on aborde la question de sa retraite, il plaisante : « Quelle retraite ? Y a-t-il un journaliste retraité ? (…) Vous vous gâtez le matin de votre départ à la retraite et sans assurance ni salaire épargné alors que vous avez des problèmes de santé ? Je prends soin de moi avec les pilules sans cesse renouvelées de la méditation. « Au final, notre confrère dit se soigner en écrivant et en dévorant des livres.

Mutuel

Depuis le 18 mars 2018, le journaliste Jacques Do’o Bell a pris sa retraite après 21 ans passés à la rédaction du Messager. À ce jour, il n’a pas reçu un seul radis. « Le Messager n’a pas pu récupérer mon dossier de pension. Le directeur de la publication a eu l’honnêteté et la gentillesse de me remettre un certificat de travail, mais je n’ai eu qu’un seul salaire », se plaint-il. Notre collègue fête ses 78 ans le 19 février. Admis dans une clinique le 14 septembre en raison d’un problème de santé lié à l’hyperglycémie, il y a été hospitalisé pendant 20 jours, mais c’est grâce à sa femme, infirmière, qu’il a pu payer ses ordonnances, environ 50 000 FCFA. « Si je ne m’étais pas fait des amis, je serais mort depuis longtemps. Ce sont mes enfants, ma femme, ma belle-famille et mes amis qui me soutiennent », confie le septuagénaire.

Les cas sont légion et la liste n’est pas exhaustive. Comme celle de ce confrère du journal Aurore Plus, dont la compagne, également journaliste, n’a pas voulu qu’il soit cité. Victime d’un accident de la circulation il y a un peu plus d’un an à bord d’une moto de transport communément appelée « bendskin », le journaliste ne peut se soigner. La Fédération des éditeurs de presse (Fédipresse), organisation patronale du secteur des médias camerounais, a envisagé la création d’une mutuelle au profit des journalistes et professions apparentées, mais admet Jean François Channon, rédacteur en chef du quotidien Le Messager, « il n’a pas fait beaucoup de progrès. C’est pourquoi le journaliste reste un parent pauvre, car il n’est pas assuré. Il est déjà difficile de relever le défi de la Cnps (Caisse Nationale de Prévoyance Sociale). Tout cela devrait arriver si les professionnels sont d’accord ».

loi violée

Son collègue Joseph Olinga, syndicaliste, pointe le problème des primes. « J’ai du mal à mettre en place une assurance universelle sans être sûr que les primes suivront. On ne peut rendre viable un tel projet que si les salaires sont réguliers. Cela permettrait de collecter auprès des journalistes et des professionnels des médias. La deuxième raison pourrait être liée au bilan du Snjc (Syndicat national des journalistes du Cameroun), qui n’a pas pu lancer le plan d’assurance maladie annoncé, alors que des fonds avaient été mis à sa disposition. Cet épisode a considérablement refroidi l’enthousiasme autour de ce projet. Sans commenter lesdits fonds, le président régional du Snjc dans le Littoral, Aristide Ekambi, affirme que « le contexte actuel ne favorise pas la mise en œuvre de telles initiatives, aussi louables soient-elles ». Pourtant, des pays comme le Kenya ou le Togo ont réussi ce pari.

Et le rôle de l’Etat camerounais dans tout ça ? Normalement, il doit veiller au respect de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples qui stipule à l’article 16, paragraphe 1 : « Toute personne a le droit de jouir du meilleur état de santé physique et mentale qu’elle peut. Le paragraphe 2 oblige les États parties à la Charte de « prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé de leurs populations et leur fournir une assistance médicale en cas de maladie ». Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (PIDESC) va dans le même sens. L’article 7 reconnaît à chacun « le droit de jouir de conditions d’emploi justes et favorables, lesquelles doivent assurer notamment a) une rémunération qui assure au moins à tous les travailleurs un salaire équitable et un salaire égal pour un travail de valeur égale sans aucune distinction ». En outre, l’article 12-2, alinéa d, oblige les États à « créer des conditions appropriées pour tous les services médicaux et médicaments assistance professionnelle en cas de maladie.

Théodore Tchopa (Jade) / 237online.com

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