Histoire: un Noir et Camerounais en plus rescapé des camps Nazis en Allemagne

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L’Histoire c’est aussi l’ensemble de petites histoires personnelles d’hommes et femmes qui ont eu des destins singuliers et ont vécu durant des périodes sombres. Theodor Michael Wonja fait partie de ceux-là et sa petite histoire doit être connue.

C’est l’histoire d’une victime du racisme et du nazisme. Theodor Michael Wonja est né en 1925 à Berlin en Allemagne d’une mère allemande et d’un père noire originaire du Cameroun. Michael Wonja avait 1 an lorsque sa mère est foudroyée par une maladie.

Son père , Théophilus Wonja Michael est né au Cameroun le 14 octobre 1879 dans la région qu’on appelle aujourd’hui Malimba. Envoyé pour suivre une formation dans un séminaire en angleterre dans l’optique de devenir prêtre, il s’enfuit et rejoint l’Allemagne. Il refait sa vie en Allemagne; il fera deux mariages et aura quatre enfants. Son père a travaillé dans un zoo. Avec ses enfants, il mettait en scène des « exhibitions d’indigènes ».

Dans ces spectacles, les Africains se devaient d’être tels que les Européens des années 1920 et 1930 se les représentaient : des sauvages ignorants, incultes, vêtus d’une jupette en raphia. Jugeant qu’il n’était pas à même d’assurer une vie décente à ses enfants, ceux-ci lui furent retirés et confiés à des orphelinats et familles d’accueil où ils sont maltraités. C’est dans ce climat de haine qu’Adolf Hitler arrive au pouvoir en 1933 en Allemagne. Theodor n’a que 8 ans.

Le père Théophilus va sombrer dans l’alcoolisme et sa santé va devenir de plus en plus chancelante. Il meurt en 1934 à l’âge de 55 ans. Ses enfants vont se retrouver balader dans les familles d’accueil où ils sont sévèrement maltraités. Theodor Michael Wonja, cadet de la fratrie de 4 enfants, travaille dans des spectacles d’exhibition des indigènes.

Il est renvoyé du lycée sur ordre du parti nazi parce qu’il est noir. Il subit le racisme primaire et ordinaire. On lui crie dessus dans les rues : “ Neger ! Neger !”. Alors qu’il demande un passeport allemand, on lui donne un passeport avec la mention “apatride”. Comme pour marteler qu’il n’est pas un citoyen allemand. Il est exploité, maltraité par sa famille nourricière à tel point qu’il perd confiance et se met à bégayer. On le prend même parfois pour un handicapé mental.

Après son expulsion de l’école, il travaille comme garçon à tout faire dans un hôtel. Il sera licencié en raison de son “type négroïde trop étranger à l’espèce”. Il va subir la violence du nazisme. On l’interne dans un camp de travail en 1943 près de Berlin (12 heures de travail par jour) jusqu’à la libération par l’Armée rouge. Il était tellement peu probable qu’un Noir allemand soit toujours vivant après la guerre qu’on l’a suspecté de collaboration.

Par miracle, il échappe à la stérilisation forcée pratiquée par les autorités du Reich sur plusieurs centaines d’enfants métis afro-allemands. Il subit les affres du racisme durant l’après-guerre. Confronté au racisme et à une extrême misère, il vit de petits rôles au théâtre. Malgré tout, il ne perd pas espoir; il a à cœur de se battre afin de s’offrir un bel avenir. Il multiplie les petits boulots et se marie avec une infirmière qu’il a rencontré alors qu’il allait soigner ses problèmes récurrents d’ulcères gastriques. Il est papa de 4 enfants. Ce n’est qu’en 1960 qu’il retrouve son frère James et sa sœur Juliana.

La soif de connaissances est plus forte que tout. A force d’abnégation et de travail, il suit une formation universitaire d’économie à Hambourg puis à Paris où il découvre l’importance du mouvement de la négritude et entre pour la première fois en contact avec une diaspora noire.

Très préoccupé par la situation des descendants afro en Allemagne, il fonde au milieu des années 60, le “bulletin de l’Afrique” dont il sera rédacteur en chef jusqu’en 1971.Son objectif à travers ce bulletin est de corriger l’image de l’Afrique et des Africains dans l’opinion publique allemande. Il voyage à travers l’Afrique. A l’âge de 50 ans, il découvre le Cameroun, le pays de son père et s’y sent étranger.

Il s’impose peu à peu comme étant un spécialiste de l’Afrique en Allemagne ce qui lui vaudra d’être recruté par les services de renseignements allemands en tant que spécialiste des questions africaines. Il gravit rapidement les échelons dans l’appareil Étatique allemand et termine sa carrière comme conseiller d’Etat en 1987. Sa passion pour le théâtre et les représentations ne l’a jamais quitté puisqu’il joue dans plusieurs pièces jusqu’à l’âge de 84 ans.

Theodor Michael Wonja est mort le 19 octobre 2018 à l’âge de 94 ans. Il raconte sa vie et son parcours dans l’excellent ouvrage » Allemand et Noir en plus ! » que je vous recommande.

REF: camer-press.com

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